Les membres de certaines forces d'autodéfense rejoindront le corps de réservistes de l'armée qui sera bientôt créé pour soutenir les FARDC en cas d'agression du pays par des étrangers, a déclaré à Goma le ministre Muhindo Nzangi, originaire du Nord-Kivu.
Lors d'une conférence de presse tenue lundi 7 mars 2023 à Goma, le ministre Muhindo Nzangi Butondo a expliqué à la presse locale et internationale la raison de l'établissement urgent de l'ordonnance-loi sur le corps des réservistes. Ce texte consacre la création du corps des réservistes de l'armée pour appuyer les forces armées de la RDC sur le terrain en cas d'agression étrangère comme c'est le cas avec la guerre actuelle dans la partie orientale de la RDC.
L'élu de Goma et Butembo a préféré changer le terme en remplaçant le concept de forces négatives par celui de réservistes. "Nous ne voulons pas que les gens disent que nous engageons des forces auxiliaires. Il n'y a pas de forces auxiliaires quand les gens défendent leur propre pays, ce sont de vrais compatriotes", a justifié ce membre du gouvernement.
À en croire le ministre, il suffit d'avoir des connaissances militaires pour être éligible dans ce corps. “Les civils qui ont des connaissances militaires, ils devront être constitués en un corps de réservistes. Pour qu'en cas d'agression comme c'est le cas aujourd'hui, ils soient mis dans les mêmes conditions que l'armée, pour soutenir l'armée sur le terrain", a expliqué Muhindo Nzangi.
Selon lui, cette loi a été proposée parce que le Congo ne doit pas croire qu'il sera toujours aidé par les autres pour terminer la guerre qui vient de se poursuivre dans ce pays géant d'Afrique centrale. "Les autres ne viendront pas mourir pour nous alors que nous sommes là, nous avons la force de nous défendre en tant que pays", argumente-t-il en se référant à l'article 63 de la constitution de la RDC.
Pour lui, il est donc un devoir pour chaque Congolais de pouvoir contribuer à défendre ou à sécuriser son pays lorsqu'il est attaqué par une force étrangère, et il appelle tout le monde à se mobiliser pour intégrer le corps des réservistes pour servir le pays dans les rangs des FARDC.
"Les Wazalendo sont partout où ils sont, cette fois-ci le gouvernement vient de mettre en place un dispositif législatif pour vous légaliser. Donc à partir de la semaine prochaine vous allez recevoir des missions, vous allez être mis en condition, voulez vous battre sur le terrain dans les mêmes conditions d'approvisionnement que les FARDC ", a déclaré le ministre de l'ESU et membre de la commission de la défense et de la sécurité.
Aux pessimistes qui pensent que cette nouvelle façon de faire risque d'augmenter de manière exponentielle les violations des droits de l'homme et autres abus qui pourraient être perpétrés par des éléments issus de différents groupes armés, Muhindo Nzangi parle des conditions préalables pour s'assurer que ces hommes travailleront pour la défense du pays. Il parle tout d'abord de reconditionnement moral pour le respect des règles militaires, le respect des droits de l'homme et de la politique.
Utiliser d'anciens ennemis des FARDC pour combattre dans le même camp ?
C'est une question que se posent depuis lundi ceux qui sont encore réticents face à ce mariage qui semble à première vue contre nature. Cependant, Muhindo NZANGI a déclaré qu'il s'agit de défendre le pays contre l'agression étrangère.
"Même si les parents se disputent dans la famille, quand un ennemi arrive, ils laissent leur différend de côté pour d'abord chasser l'ennemi et ensuite régler le reste. Vous avez vu la même situation en Ukraine et en Russie lorsqu'il s'agit de défendre leur pays chacun de son côté", a-t-il répondu.
Il a assuré que l'option de la légalisation du wazalendo permet au gouvernement congolais de résoudre deux problèmes, "elle nous aide à résoudre le problème de la taille de notre armée, et puis elle nous permet de vider les groupes armés" a-t-il expliqué, déplorant le fait que l'armée loyaliste a été "détruite" par la gouvernance passée. "Et nous avons malheureusement hérité de cette situation".
Une opposition farouche à la proposition
Plusieurs personnes se sont exprimées suite à la décision du gouvernement révélée par Muhindo Nzangi. C'est notamment le cas de l’ancien camarade de Muhindo Nzangi dans le regroupement qui soutient Moïse Katumbi, Patrick Mundeke, conseiller de la jeunesse et originaire du Nord-Kivu. Ce dernier, qui s'est farouchement opposé aux déclarations du ministre Nzangi, a déclaré que quatre ans sont suffisants pour construire une armée solide.
"Vous êtes incompétents. Des gens comme Muhindo Nzangi sont convaincus que les Congolais n’ont pas toute leur tête . Les traîtres de ce pays sont ceux qui prennent des positions irresponsables. La politique devrait avoir une certaine moralité. Nous savons tout ce qui se passe à Luanda. Vous négociez et vous allez brader la République une fois de plus", a déclaré le conseiller de Katumbi, visiblement très en colère.
Depuis le début des hostilités dans l'est de la RDC, les autorités rwandaises et leurs suppôts du M23 accusent le gouvernement congolais d'utiliser des forces négatives telles que les Maï-Maï, les Nyatura et les FDLR dans les rangs de l'armée régulière pour lancer des attaques. Cette accusation a été rejetée par le régime de Kinshasa avant l'introduction de cette loi, qui mettra officiellement en jeu les groupes armés pour lutter aux côtés des FARDC contre toute agression. Toutefois concernant les FDLR, Muhindo Nzangi a été clair : “S'il faudra faire venir les prétendus réfugiés congolais qui se trouvent au Rwanda,il faudra également qu'on discute aussi de la question des réfugiés rwandais présents sur le sol congolais, notamment les FDLR”.
Diddy MASTAKI, Goma