Nord-Kivu : Les propos d’Alois Thegera mal accueillis par les politiciens gomatraciens
Les propositions de M. Alois Thegera, analyste dans une émission de débat sur la télévision publique française France 24, à propos des tensions entre Kinshasa et Kigali ainsi que sur les avancées des rebelles du mouvement du 23 mars vers la porte de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu sont très mal perçus dans cette partie de la RDC.
Dans ses dernières réactions au sujet des tensions entre Kinshasa et Kigali, Alois Tegera, analysant les causes de la persistance des conflits dans l’Est de la RDC, légitime la lutte du M23 en revenant sur la vision originelle du RCD reprise par le M23 à travers le CNDP avec les figures qui reviennent à chaque épisode de cette deuxième guerre du Congo devenue rapidement la guerre de l’Est.
Alois Tegera, dans son discours, est resté pessimiste sur la résolution de ce conflit Rwando-congolais par le processus de Nairobi en le liant à l’épineuse question de la présence des Hutus rwandais sur le sol congolais et du retour des pseudo-réfugiés tutsi congolais présents en Tanzanie, au Rwanda et en Ouganda depuis 1994, année du génocide rwandais, suivi de la prise de pouvoir par le FPR dirigé par Paul Kagame, alors major.
« Ces négociations ne peuvent pas aboutir tant qu’on essaie de cacher le vrai problème des Banyarwanda dans l’Est du Congo comme un problème rwandais, c’est aussi un problème du Congo…. Avant que ce régime rwandais n’existe, qui a chassé tous les Banyarwanda de Masisi, Hutus et Tutsis confondus, de la Conférence Nationale Souveraine? Pour moi, il y a un problème fondamental. L’argument de base du CNDP et du M23 demeure. Nous avons des réfugiés Tutsi de l’Est du Congo qui se trouvent dans des camps de réfugiés au Rwanda et en Ouganda et ce problème existe depuis longtemps et je n’ai jamais vu aucun effort de la part du gouvernement congolais pour venir essayer de régler une fois pour toutes pour guider l’argumentaire du CNDP et du M23″, justifie Alois Tegera.
Il trouve anormal que Kinshasa se focalise sur le Rwanda alors qu’il y a un vrai problème à résoudre au Congo. » Qu’en est-il des réfugiés qui se trouvent dans ces camps au Rwanda et en Ouganda depuis près de 28 ans ? « .
Il estime également que l’argument de ces mouvements rebelles de 2004 à 2009 avec le CNDP, puis en 2012 le M23 est toujours basé sur l’existence de réfugiés tutsi à l’extérieur du pays. Il ajoute qu’il est loin de dire que le problème des FDLR n’existe pas, alors qu’ils sont dans la région, ce qui bloque ces réfugiés tutsi de rentrer au pays.
Alois Tegera propose que le problème de l’héritage banyarwanda soit résolu car c’est aussi un problème congolais.
Pour les politiciens de la ville de Goma, ces propos, qui sont diffusés dans le monde entier, semblent incendiaires, haineux et surtout tribaux, étant donné le contexte ethnoculturel que connaît actuellement la province du Nord-Kivu.
Beaucoup d’entre eux trouvent qu’il s’agit d’un faux débat, car il n’y a pratiquement pas de conflits éthiques au Kivu et cela pourrait en quelque sorte conduire à la réapparition d’une haine éthique entre les communautés de cette région, même si elle a déjà été résolue par le gouvernement de Kinshasa. Ils rappellent la campagne anti-xénophobie mise en place par le président congolais depuis son accession au pouvoir et la détérioration des relations entre Kinshasa et Kigali.
Ils proposent que cet homme soit visé par la justice congolaise pour incitation à la haine tribale, une pratique découragée par le gouvernement congolais. « Sa défense de la cause du M23 exposerait la communauté tutsi au Congo et démontrerait le degré d’occupation illégale des terres congolaises », affirment plusieurs d’entre eux.