Atou Matubuana humilié : le ministre des droits humains outré dit attendre des sanctions
L’arrestation un peu trop bâclée de l’ancien gouverneur du Kongo Central, Atou Matubuana, a remis sur la table la problématique du respect des droits de l’homme en République Démocratique du Congo, en particulier quand il s’agit d’interpeller ou d’arrêter un fugitif qui a servi la Nation à un certain moment de sa vie.
Bien que tous les efforts doivent être faits pour trouver et arrêter un fugitif, la constitution de la RDC stipule que toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit prouvée par un jugement définitif. Aussi, la loi fondamentale stipule également que tout détenu doit bénéficier d’un traitement qui préserve sa vie , sa santé physique et mentale ainsi que sa dignité.
Or, au vu des différentes séquences vidéo devenues virales sur la toile congolaise sur l’arrestation de l’ancien gouverneur du Kongo Central, recherché par la justice pour une affaire de détournement de fonds, clairement rien n’a été fait pour préserver la dignité et la santé mentale de M. Atou Matubuana.
C’est un Matubuana surpris, perdu dans ses pensées, presque maladroitement trainé par quelques hommes, pas habillé pour la circonstance, hué par les passants, tiré par la ceinture de son pantalon, à pieds, menottes aux poignets…que les congolais ont vu. Comme si tout cela a été orchestré pour humilier l’ancien gouverneur.
Le ministre des droits humains outré
Prenant la balle au bond face à cette situation plus qu’inquiétante, le ministre des Droits Humains qui dit avoir suivi la vidéo de l’arrestation à travers les réseaux sociaux, a tenu à rappeler à l’opinion nationale et internationale que l’État de Droit prôné par le Chef de l’État passe par le respect des textes qui régissent la RDC.
“Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo , par le biais de son ministère des Droits Humains , condamne donc avec la dernière énergie le traitement inhumain et dégradant infligé à ce compatriote qui du reste , bénéficie encore de la présomption d’innocence ”, a écrit le ministre Albert Fabrice Puela.
D’après ce membre du gouvernement, quels que soient les faits reprochés à l’ancien gouverneur ou le crime qu’il a commis, « les droits inhérents à sa personne doivent être respectés ».
Par conséquent, pour le ministre Puela, « des sanctions doivent être envisagées” contre les auteurs matériels et intellectuels de cette violation des droits de l’homme, qui d’après ses propres termes, sape les efforts du Chef de l’État et du gouvernement en matière de respect des droits de l’homme.
Les réactions de désapprobation se multiplient
Plusieurs autres voix se sont également élevées face à cette arrestation jugée humiliante. C’est notamment le cas de l’ancien candidat à la présidentielle de 2018, Seth Kikuni. « Je condamne la méthode d’arrestation de l’ancien gouverneur du Kongo-Central Atou Matoubuana. Imaginez être traîné à moitié nu dans les avenues de Kinshasa après 2023″, a réagi M. Kikuni.
“La comédie hilarante d’arrestation de l’ex gouverneur du Kongo Central ne va pas faire oublier l’épaisse fumée qui couvre la lutte contre l’impunité avec la valse de liberté provisoire, de séjour à l’hôpital etc. Rien ni personne ne garantit qu’il en sera gratifié ds qlqs jours » a pour sa part déclaré le député national Claudel Lubaya André.
Le député national du MLC Raphaël Kibuka est également revenu sur l’incident. Cet élu s’est dit stupéfait et abasourdi par les images de l’arrestation de l’ancien gouverneur du Kongo central. « Une telle violence n’a pas sa place dans un État de droit. La justice n’a pas vocation à humilier ou à rabaisser. J’en appelle à la responsabilité de l’autorité judiciaire », a-t-il interpellé.
Du côté du Kongo Central, la réaction ne s’est pas faite attendre non plus. Le président de l’assemblée provinciale Jean Claude Vuemba a exprimé son indignation.
« En tant que Né Kongo, nous ne pouvons pas accepter cette humiliation, c’est inacceptable. Atou Matubuana est présumé innocent, nous ne pouvons pas accepter cette humiliation », a déclaré M. Vuemba, visiblement choqué et en colère. “Même sous le régime de M. Kabila, nous n’avons jamais connu cela”, a poursuivi le président de l’assemblée provinciale du Kongo Central, appelant à la révocation des fonctionnaires de la police impliqués dans la controverse.
Accusé de détournement de fonds, M. Matubuana était recherché
Le procureur général près la Cour de cassation a arrêté l’ancien gouverneur Atou Matubuana accusé de détournement de fonds publics par l’Inspection générale des finances, qui a rapporté avoir détecté des malversations financières après sa mission d’audit dans cette partie du pays. Le premier détournement était de l’ordre de plus de trois (3) millions de dollars US qui avaient été déboursés sans pièces justificatives et le second de plus de 5,5 millions de dollars.
CMK