Son corps a été retrouvé sans tête près de Kampala. Ancien sous-officier de l’armée Rwandaise, Robert Kabera s’était fait connaître sur YouTube par ses critiques du pouvoir de Kigali. Sa mort ravive les inquiétudes sur la sécurité des opposants rwandais réfugiés à l’étranger.
L’exil n’aura pas mis Robert Kabera à l’abri de la mort. Cet ancien sergent de l’armée Rwandaise, âgé de 50 ans, a été retrouvé mort et décapité dans le village de Luwala, près de Kampala, en Ouganda. L’annonce a été faite lundi 19 octobre par la police Ougandaise, qui indique que la tête de la victime n’avait pas été retrouvée.
Selon le porte-parole de la police, Kituuma Rusoke, des habitants ont découvert le corps. Les proches de l’ancien militaire l’ont ensuite identifié. Les enquêteurs situent le meurtre présumé entre la nuit du 16 octobre et la matinée du 17 octobre.
Mais derrière cette découverte macabre, une question s’impose : qui a tué Robert Kabera et pourquoi ?
Pour l’heure, les circonstances du crime et l’identité des éventuels auteurs restent à établir.
Une rupture avec Kigali, puis l’exil
Robert Kabera avait quitté le Rwanda en novembre 2020 pour s’installer en Ouganda, où il avait obtenu le statut de réfugié, selon son frère Victor Agaba, cité par l’AFP.
Son départ était intervenu après des accusations d’agression sexuelle qu’il avait toujours rejetées. Par la suite, l’ancien militaire avait progressivement durci ses critiques contre les autorités rwandaises, dénonçant notamment des violations présumées des droits humains.
Sur YouTube, il avait construit une audience autour de sa chaîne Major Robert TV, suivie par environ 144 000 personnes. Ses publications faisaient de lui une voix connue parmi les Rwandais critiques du gouvernement de Paul Kagame.
Il avait notamment composé une chanson intitulée « Commander Ingabire », en référence à l’opposante Victoire Ingabire, dont le parcours politique a été marqué par plusieurs confrontations avec les autorités Rwandaises.
Après son départ, l’armée rwandaise l’avait qualifié de « fugitif ». Des procureurs militaires l’avaient également impliqué dans une affaire concernant une mineure, des accusations qu’il avait toujours contestées.
Sa famille affirme qu’il avait déjà été attaqué
La famille de Robert Kabera affirme que sa sécurité était une source d’inquiétude avant même sa mort.
Son frère Victor Agaba a évoqué une attaque survenue à Kampala en octobre 2023, au cours de laquelle trois hommes auraient tenté de s’en prendre à lui.
« Notre problème vient de chez nous », a-t-il déclaré, désignant le Rwanda. Il affirme que son frère estimait être la cible d’une procédure montée contre lui par l’armée rwandaise.
Ces déclarations constituent des accusations de la famille. À ce stade, aucun élément présenté publiquement ne permet d’établir un lien entre ces faits allégués et le meurtre survenu en octobre 2026.
La veuve de Robert Kabera, Jeanne d’Arc Rwigema Uwizeye, a également fait part de ses craintes. Dans un message écrit adressé à BBC Great Lakes, elle a exprimé son inquiétude pour elle-même et ses enfants, estimant que sa famille ne bénéficiait d’aucune protection.
Le spectre des assassinats d’opposants en exil
La mort de Robert Kabera rappelle d’autres affaires impliquant des figures rwandaises critiques du pouvoir et vivant à l’étranger.
Le cas le plus marquant reste celui de Patrick Karegeya, ancien responsable des services de renseignement Rwandais devenu opposant. Cofondateur du Congrès national Rwandais (RNC), il avait été retrouvé mort dans une chambre d’hôtel à Johannesburg, en Afrique du Sud, en janvier 2014.
Après avoir rompu avec le pouvoir de Kigali, Karegeya s’était installé en Afrique du Sud, où il poursuivait ses activités politiques. Sa mort avait suscité des inquiétudes internationales sur la sécurité des opposants Rwandais en exil.
En 2019, les autorités sud-africaines avaient émis des mandats d’arrêt contre deux ressortissants Rwandais soupçonnés d’être impliqués dans cet assassinat. Elles avaient également fait état de liens présumés entre les suspects et le régime Rwandais. Ces éléments ne constituent toutefois pas une preuve d’implication des autorités de Kigali dans la mort de Robert Kabera.
D’autres cas ont renforcé ces préoccupations. Revocant Karemangingo, ancien lieutenant de l’armée Rwandaise vivant au Mozambique, a été tué par balles en 2021. La même année, Seif Bamporiki, responsable d’un parti d’opposition rwandais, a été abattu en Afrique du Sud. L’ancien général Faustin Kayumba Nyamwasa, lui aussi opposant en exil, a déclaré avoir survécu à plusieurs tentatives d’assassinat.
Ces précédents alimentent les inquiétudes des organisations d’opposition, sans permettre, à eux seuls, de conclure à l’existence d’un lien entre ces affaires.
L’opposition réclame des réponses
Après l’annonce du décès de Robert Kabera, le Congrès national rwandais a demandé l’ouverture d’une enquête approfondie et la poursuite des personnes responsables.
Dans une déclaration publiée sur X, le mouvement a exprimé une inquiétude plus large sur la possibilité, pour les Rwandais en exil, de vivre en sécurité malgré leurs opinions politiques.
Pour la famille de Robert Kabera, la priorité est désormais de connaître les circonstances exactes de sa mort. Pour les autorités Ougandaises, l’enjeu est d’identifier les auteurs du crime et d’établir leurs motivations.
L’assassinat présumé de cet ancien militaire remet ainsi au premier plan une question sensible dans la région des Grands Lacs : les opposants qui quittent leur pays pour échapper aux pressions politiques peuvent-ils réellement se sentir en sécurité une fois en exil ?
La réponse dépendra notamment des conclusions de l’enquête sur la mort de Robert Kabera. En attendant, aucune responsabilité dans cet assassinat ne peut être attribuée sans éléments vérifiés.
Diddy Mastaki