L’ambassadeur du Japon en République démocratique du Congo, Hidetoshi Ogawa, est sorti de sa réserve pour dénoncer publiquement des tracasseries administratives observées à l’aéroport international de la Luano, à Lubumbashi. Dans un témoignage publié après un séjour dans le Haut-Katanga, le diplomate a décrit une expérience contrastée entre le terminal VIP commercial et le circuit ordinaire réservé à la majorité des passagers.
Selon le diplomate japonais, l’option du terminal VIP commercial, facturée 100 dollars, garantit un passage rapide et simplifié.
« Utiliser le superbe terminal VIP commercial à 100 $ est une bonne option car tout est géré pour vous et vous êtes conduit en voiture jusqu'à l'avion », a-t-il expliqué.
Ce service offrirait une prise en charge complète, évitant ainsi les longues files et les multiples contrôles. Une alternative confortable, certes, mais inaccessible pour de nombreux voyageurs.
À l’opposé, l’expérience des passagers empruntant le terminal classique serait marquée par une succession de vérifications jugées excessives : contrôle des bagages, inspection du passeport, vérification des billets et d’autres documents, le tout dans une atmosphère de foule et de lenteur administrative.
« Vous êtes soumis à de multiples contrôles fastidieux dans la foule », a déploré l’ambassadeur.
Il évoque également des sollicitations financières ambiguës, présentées de manière informelle.
« Des demandes d'argent, dont on ne sait pas si ce sont des frais d'un traitement spécial pour accélérer la procédure ou des pots-de-vin, sont toujours chuchotées », a-t-il ajouté.
Selon lui, certains voyageurs étrangers, notamment des hommes d’affaires, choisissent d’ignorer ces requêtes officieuses.
La « carte jaune », un prétexte d’extorsion ?
Parmi les pratiques dénoncées figure celle liée à la carte internationale de vaccination contre la fièvre jaune, communément appelée « carte jaune ». L’ambassadeur affirme que l’argument d’une prétendue « date d’expiration » serait utilisé comme moyen de pression.
Il rappelle que cette carte est désormais valable indéfiniment au niveau international, y compris en RDC, indépendamment de la date inscrite. Il encourage ainsi les voyageurs à ne pas céder à ces intimidations, même lorsqu’elles émanent d’un agent en uniforme.
Le diplomate estime que la situation observée à Lubumbashi serait « particulièrement mauvaise », en comparaison avec d’autres aéroports du pays, notamment celui de Kinshasa. Il s’interroge sur la multiplication des contrôles : s’agit-il d’une stratégie de création d’emplois, ou d’un manque d’efficacité qui pousse à répéter les vérifications pour limiter les erreurs ?
Au-delà des désagréments individuels, l’ambassadeur souligne l’impact potentiel sur l’image de la province du Haut-Katanga et de Lubumbashi, considérée comme une porte d’entrée stratégique pour les investisseurs et partenaires internationaux.
Malgré ses critiques, l’ambassadeur japonais se veut constructif. Il espère que les autorités compétentes procéderont à une réorganisation du personnel et à une rationalisation des procédures afin de rendre le passage aéroportuaire plus transparent et efficace.
Ce témoignage public met en lumière les défis persistants liés aux tracasseries administratives dans certains points stratégiques de la République démocratique du Congo. À l’heure où le pays ambitionne de renforcer son attractivité économique et diplomatique, la modernisation et la transparence des procédures aéroportuaires apparaissent comme des leviers essentiels pour améliorer l’expérience des voyageurs et restaurer la confiance des partenaires internationaux.
Daudi Amin