Africa CDC réclame davantage de transparence sur les financements internationaux consacrés à la riposte contre la maladie à virus Ebola en RDC. À Kinshasa, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya exige lui aussi des explications. Au cœur du dossier, un écart considérable entre les décaissements annoncés et les informations transmises aux autorités congolaises.
Des financements annoncés, des comptes incomplets et une question embarrassante : qui a reçu quoi ? En République démocratique du Congo, la gestion des ressources destinées à combattre Ebola soulève plusieurs questions. Le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, dit attendre des clarifications.
Dans un communiqué publié le 15 octobre 2026, l’institution précise que près de 962 millions de dollars ont été décaissés par les donateurs directement au bénéfice d’organisations internationales et d’ONG chargées de la riposte. Ces sommes, insiste-t-elle, n’ont pas été versées au gouvernement congolais.
L’exercice de collecte d’informations financières reste toutefois très incomplet. Selon Africa CDC, seules 30 % des organisations concernées ont participé à la réunion organisée par l’Institut national de santé publique. Elles ont déclaré environ 220 millions de dollars reçus, dont 120 millions déjà utilisés et 100 millions restant à dépenser. Sur cette base, l’écart avec les décaissements annoncés atteint environ 742 millions de dollars.
« À ce jour, les autorités congolaises n’ont reçu des informations financières que sur environ 220 millions USD. Plus de 700 millions USD restent sans informations suffisantes auprès des autorités nationales. C’est inacceptable », dénonce Jean Kaseya.
Ce montant ne constitue pas, en lui-même, la preuve d’un détournement. Il révèle d’abord l’ampleur des informations manquantes. Africa CDC dénonce un défaut de transparence qui empêche les autorités nationales de disposer d’une vue complète des financements et de leur utilisation.
Pour le chef d’Africa CDC, ce manque de transparence compromet la coordination des interventions. « Comment coordonner efficacement une riposte sans savoir précisément quelles ressources sont disponibles, comment elles sont utilisées et quels résultats elles produisent ? », interroge-t-il.
Il rappelle également la responsabilité des partenaires à l’égard des autorités nationales : « La RDC dirige cette riposte. Tous les partenaires doivent respecter son leadership et rendre compte de leurs actions et de leurs financements. »
Muyaya exige des réponses
À son tour, au nom du gouvernement, Patrick Muyaya formule une exigence similaire. « Dans la riposte contre la maladie à virus Ebola, la redevabilité est une obligation tant pour nous-mêmes que pour les organisations partenaires. »
Interrogé sur RFI au sujet du circuit des financements, il a expliqué que ces fonds ne transitent pas par le compte général du Trésor. Les organisations bénéficiaires doivent donc préciser les montants reçus et les activités réalisées. « Nous devons savoir qui a reçu quoi et qui fait quoi sur le terrain », a-t-il déclaré. « Nous sommes clairs et fermes là-dessus et nous comptons en tirer les conséquences. »
Des chiffres à rapprocher, des responsabilités à établir
éclaircir le dossier, il faudra rapprocher les décaissements des bailleurs, les montants reçus par chaque organisation et les dépenses effectivement réalisées. Il faudra également distinguer les fonds encore disponibles de ceux déjà engagés ou dépensés.
Au-delà des chiffres, Jean Kaseya rappelle les conséquences humaines de cette exigence de transparence. « Derrière ces chiffres, il y a des vies humaines, des familles endeuillées, des communautés qui attendent des résultats », souligne-t-il.
« Chaque dollar mobilisé doit servir à protéger des vies. Chaque acteur doit rendre des comptes », poursuit le directeur général d’Africa CDC, qui annonce un accompagnement des autorités nationales : « Africa CDC accompagnera les autorités congolaises pour faire toute la lumière sur ces financements. »
Rédaction