Dans un contexte de violences persistantes à l’Est de la République Démocratique du Congo, l’hôpital général de référence de Beni, soutenu par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), fait face à un afflux croissant de blessés de guerre. Constat fait ce 11 novembre 2025 lors d'une visite de presse dont congorassure.cd a pris par à l'hôpital Général de référence de Beni.
Selon Samson Muhindo Palumi, infirmier du CICR déployé à Beni, 79 patients blessés par arme sont actuellement pris en charge, la plupart provenant des zones de front du Sud-Kivu et Nord-Kivu dont Walikale, de Massissi et d’autres territoires meurtris par les affrontements.
« Nous prenons en charge tous les blessés par arme dont les blessures datent de 30 jours ou moins. Au-delà, notre plateau technique ne nous permet pas de suivre ces cas plus anciens », explique-t-il.
Des soins complets, du bloc opératoire à la restauration
La prise en charge au sein de l’hôpital s’étend sur plusieurs volets complémentaires. Outre les soins médicaux et chirurgicaux, assurés par une équipe spécialisée du CICR habituellement basée à Goma mais temporairement redéployée à Beni, les patients bénéficient également d’un accompagnement nutritionnel. Un partenariat a été établi avec le restaurateur local Minifood, qui fournit trois repas quotidiens aux malades, entièrement pris en charge par le CICR.
« Nous soignons toutes les catégories de blessés, civils comme détenus, dès lors qu’ils remplissent les critères médicaux d’urgence », précise Samson Muhindo.
L’amputation, un dernier recours
Parmi les patients actuellement hospitalisés, huit à dix ont subi une amputation. Une mesure extrême que les équipes médicales ne prennent qu’en dernier ressort.
« Nous faisons tout pour sauver le membre atteint. Mais lorsqu’il met en danger la vie du patient, il vaut mieux amputer pour sauver la personne », explique l’infirmier.
Des blessés arrivant souvent trop tard
Le CICR alerte sur la gravité des cas dus aux retards d’évacuation. Beaucoup de blessés viennent de zones enclavées, parfois à plus de 400 kilomètres de Beni.
« Les patients arrivent souvent après plusieurs jours, voire des semaines. Leurs plaies sont déjà infectées, ce qui complique les soins et prolonge la guérison », déplore le soignant.
L’organisation humanitaire dispose d’un avion pour évacuer les blessés depuis Uvira ou Fizi, mais les contraintes logistiques notamment la fermeture temporaire de l’aéroport de Goma ralentissent le processus.
Une capacité renforcée face à la crise
Pour faire face à la hausse des admissions, le CICR a érigé cinq tentes supplémentaires autour des trois grandes salles de l’hôpital. Un plan de contingence prévoit également la référence de certains cas vers des structures partenaires, telles que Nyakunde et Ichir, lorsque la capacité d’accueil est dépassée.
« Nous sommes préparés. Nos entrepôts à Beni et à Goma disposent de médicaments et de matériel pour répondre à une éventuelle montée du nombre de blessés », assure Samson Muhindo Palumi.
Une mission humanitaire sous pression
Alors que les combats s’intensifient dans plusieurs zones du Nord et du Sud-Kivu, le CICR continue d’intervenir au plus près des victimes, souvent au péril de la sécurité de ses équipes. L’organisation rappelle que son action reste strictement neutre et humanitaire, axée sur la protection et le soin des personnes touchées par les conflits armés.
« Nous sommes ici pour sauver des vies, quelles que soient les origines ou les appartenances des patients », conclut Samson Muhindo.
Depuis plus d’une décennie, les provinces du Nord et Sud-Kivu sont le théâtre de violents affrontements entre forces armées et groupes armés. Les civils en paient le plus lourd tribut, avec des milliers de déplacés, de blessés et de victimes chaque année. Le CICR demeure l’un des rares acteurs à assurer des soins chirurgicaux d’urgence dans cette région fragilisée.
Depuis Beni, Joël Heri Budjo