L’insécurité s’est intensifiée sur plusieurs axes routiers stratégiques du Nord-Kivu, notamment sur la route Goma–Beni via Rutshuru ainsi que sur les dessertes secondaires de Vitshumbi, Kibirizi et Ishasha. Des voyageurs dénoncent une multiplication des braquages et enlèvements, en particulier à proximité du Parc national des Virunga.
Alors qu’un calme relatif semblait s’installer dans certaines portions du parc, des coupeurs de route y opèrent, selon des témoignages concordants, depuis plusieurs mois, dans un contexte marqué par l’occupation d’une partie sud de la province par la rébellion du M23.
Enlèvements et braquages à répétition
Des passagers affirment avoir été dépouillés par des hommes armés vêtus de treillis militaires au niveau de « Vusengo », dans le périmètre du parc. Téléphones, argent et autres biens de valeur seraient systématiquement extorqués.
La semaine dernière, des passagers d’un minibus auraient été enlevés dans cette zone historiquement exposée aux violences, notamment depuis l’installation des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) en 1994. Le véhicule aurait été retrouvé abandonné, portes ouvertes, sans aucune trace des passagers ni des membres d’équipage.
« Quand on venait de Butembo, nous avons retrouvé ce bus au milieu de la route, toutes les portes ouvertes, sans aucun passager ni membre d’équipage. On nous a dit qu’ils ont été victimes d’un rapt. Ça nous a plongés dans la peur », témoigne une passagère.
Axes secondaires sous pression
D’autres tronçons sont également signalés comme particulièrement dangereux : l’axe Kiwandja–Ishasha via Nyamulima, le point kilométrique 17–Vitshumbi, ainsi que Rwindi–Kibirizi.
Mardi dernier, un convoi d’une douzaine de motocycles en provenence de Vitshumbi pour Goma affirme avoir été intercepté au PK9, dans une agglomération lacustre de la chefferie de Bwito, territoire de Rutshuru.
« Nous étions plus de 12 motos. Au PK9, quatre hommes, dont trois armés, nous ont arrêtés. Ils ont pris nos téléphones et notre argent. Si tu n’as rien, ils te frappent sans pitié », rapporte un autre voyageur.
Auteurs inconnus, climat d’incertitude
L’identité des assaillants reste incertaine. Certains habitants évoquent des éléments apparentés aux FDLR retranchés dans la brousse après l’escalade des combats impliquant le M23. D’autres soupçonnent des jeunes issus de villages environnants, voire des combattants profitant du contexte d’occupation pour survivre par des actes criminels.
Ce flou alimente un climat de méfiance et d’insécurité chronique sur des axes essentiels au commerce régional.
Appels à la sécurisation des routes
La population appelle les autorités à renforcer la sécurisation de ces corridors vitaux, alors que les flux commerciaux tournent au ralenti dans une province déjà fragilisée par la guerre.
Pour mémoire, un système de convois militarisés avait été instauré sous l’initiative d’un ancien gouverneur afin de limiter les risques de tueries, d’enlèvements et de pillages sur ce tronçon. Bien que jugé coûteux par les transporteurs, ce mécanisme avait contribué à réduire sensiblement les incidents.
Aujourd’hui, face à la recrudescence des attaques, la question de la réactivation d’un tel dispositif ou de nouvelles mesures sécuritaires se pose avec acuité dans un contexte où la stabilité socio-économique demeure particulièrement précaire.
Diddy Mastaki