Contraints de fuir leurs villages à cause des violences armées, de nombreux jeunes de la province de l'Ituri parviennent progressivement à reconstruire leur vie grâce aux formations professionnelles organisées par le contingent bangladais de la Mission de l'Organisation des Nations-Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO). En leur offrant des compétences techniques et des notions d'entrepreneuriat, ces programmes contribuent à transformer d'anciens déplacés en entrepreneurs, tout en renforçant la résilience économique des communautés affectées par les conflits.
Dans une province où les affrontements entre groupes armés ont provoqué d'importants déplacements de populations et fragilisé les moyens de subsistance, ces formations apparaissent comme une réponse complémentaire aux efforts de stabilisation. Elles offrent aux bénéficiaires des perspectives d'autonomie financière et réduisent leur vulnérabilité au chômage, à la pauvreté et au recrutement par les groupes armés.
Parmi les bénéficiaires figure Ismael Issa Lema, 35 ans, père de huit enfants. Originaire du village de Walu, à une quarantaine de kilomètres de Bunia, il a été contraint d'abandonner ses activités agricoles en raison de l'insécurité.
« Je demande aux jeunes de ne pas se décourager. Grâce à la formation organisée par la MONUSCO sur la fabrication du savon, je suis aujourd'hui connu jusqu'à Drodro. Des clients quittent Bunia pour venir acheter mes savons parce qu'ils sont de bonne qualité », témoigne-t-il.
Avant de rejoindre le programme, Ismael avait suivi plusieurs formations à Beni ainsi qu'en ligne auprès d'une structure basée au Bénin. Mais il considère que celle dispensée au camp de la MONUSCO de Ndoromo a marqué un tournant décisif.
« J'avais seulement appris à fabriquer du savon solide. Avec la MONUSCO, j'ai découvert la fabrication du savon liquide et surtout les notions d'entrepreneuriat. Cette formation m'a redonné confiance après avoir tout perdu à cause de la guerre », explique-t-il.
Installé aujourd'hui dans le quartier Kazunga à Bunia, il produit quotidiennement des savons destinés à une clientèle provenant de plusieurs localités de l'Ituri. Son entreprise réalise un chiffre d'affaires hebdomadaire estimé à 125 dollars Américains, soit près de 500 dollars par mois, dont environ la moitié constitue un bénéfice.
Ces revenus lui permettent d'assurer la scolarité de ses enfants, leurs soins de santé et les dépenses du ménage. Ils lui ont également permis d'acquérir deux motos ainsi qu'un tricycle destiné à la distribution de ses produits.
Au-delà de son activité commerciale, Ismael est devenu à son tour formateur. Avec l'appui de la MONUSCO, il affirme avoir déjà transmis son savoir-faire à 125 jeunes de Bunia et de Drodro, contribuant ainsi à diffuser les compétences acquises auprès d'autres déplacés et personnes vulnérables.
L'impact des formations se retrouve également dans le secteur agricole. Sheylah Nyembo Saukira, parlementaire des jeunes de l'Ituri et étudiante en Master Genre et Famille à l'Université de Goma, fait partie des jeunes qui ont choisi de transformer leur avenir grâce aux connaissances acquises auprès des Casques bleus bangladais.
« Avant, je pensais que l'agriculture était réservée aux personnes qui n'avaient pas étudié. Aujourd'hui, je comprends qu'elle constitue une véritable opportunité économique », explique-t-elle.
Grâce aux techniques culturales apprises durant la formation, elle exploite désormais trois sites agricoles, à Bunia, Komanda et Mambasa, où elle cultive notamment le maïs, le haricot, la tomate, les aubergines et le concombre. Les revenus de ses récoltes lui permettent de financer ses études universitaires, de couvrir ses dépenses personnelles et de développer une petite alimentation.
« Selon les saisons, je peux gagner jusqu'à 500 dollars Américains par récolte. Cette activité m'a permis de devenir financièrement indépendante », affirme-t-elle.
Depuis plusieurs années, le contingent bangladais de la MONUSCO organise gratuitement des formations dans divers domaines, notamment la conduite d'engins lourds, la réparation de téléphones, la maintenance des groupes électrogènes et des réfrigérateurs, l'informatique, l'anglais, l'entrepreneuriat ainsi que les techniques agricoles.
Pour les autorités provinciales, ces initiatives répondent à un enjeu majeur dans une province confrontée aux conséquences des conflits.
« Depuis 2019, ces formations permettent aux jeunes de développer des compétences utiles et réduisent les risques de voir certains rejoindre les groupes armés faute de perspectives économiques », a indiqué Jean-Bosco Uzele Upio, chef de la Division provinciale de la Jeunesse et Éveil patriotique de l'Ituri.
Au-delà de l'assistance humanitaire, ces parcours illustrent l'importance des programmes d'autonomisation économique dans les zones affectées par les conflits. En aidant les déplacés à créer des activités génératrices de revenus et à transmettre leurs compétences à d'autres jeunes, les formations de la MONUSCO participent progressivement à la reconstruction du tissu socio-économique local et à la consolidation de la paix en Ituri.
Joël Heri Budjo