N’Djamena a officiellement notifié son retrait du Statut de Rome, devenant le quatrième pays du Sahel à quitter la Cour pénale internationale. Une décision qui relance le débat sur l’impartialité de la justice pénale internationale et sur les ambitions Africaines en matière de justice.
Le Tchad a officiellement notifié, dimanche 26 juillet, au secrétaire général des Nations-Unies son intention de se retirer du Statut de Rome, traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Conformément aux dispositions du traité, ce retrait prendra effet dans un délai d'un an. N’Djamena justifie cette décision par ce qu'il considère comme une « justice sélective », accusant la juridiction de La Haye de cibler de manière disproportionnée les États Africains.
Pour les autorités Tchadiennes, le bilan de la CPI illustre ce déséquilibre. Depuis son entrée en fonction en 2002, la Cour a ouvert treize enquêtes, dont neuf concernent des pays Africains. Un constat régulièrement dénoncé par plusieurs dirigeants du continent, qui y voient le signe d'une justice internationale appliquée de manière inégale.
Les relations entre le Tchad et la CPI étaient déjà marquées par de profondes tensions. N’Djamena avait notamment été rappelée à l'ordre après avoir refusé d'arrêter l'ancien président soudanais Omar Al-Bashir lors de plusieurs visites sur son territoire. La Chambre préliminaire de la Cour avait alors reproché au Tchad, en 2011 puis en 2013, de ne pas avoir respecté ses obligations découlant du Statut de Rome.
En quittant la CPI, le Tchad rejoint le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont également notifié leur retrait en juin 2026. Ces quatre États Sahéliens estiment que la juridiction internationale ne répond plus aux exigences d'équité qu'elle était censée incarner et dénoncent un instrument perçu comme défavorable aux pays du Sud.
Au-delà de ce retrait, les autorités Tchadiennes appellent l'Union Africaine à accélérer la mise en place d'une architecture judiciaire continentale. Elles plaident pour le renforcement des mécanismes Africains de justice pénale afin de disposer d'institutions jugées plus proches des réalités du continent.
Cette position renvoie au Protocole de Malabo, adopté en 2014, qui prévoit l'extension des compétences de la Cour africaine de justice et des droits de l'homme aux affaires pénales. Faute d'un nombre suffisant de ratifications, ce projet n'est toutefois jamais entré en vigueur.
Le gouvernement Tchadien assure néanmoins que cette décision ne remet pas en cause son engagement dans la lutte contre l'impunité. Il rappelle avoir intégré les dispositions essentielles du Statut de Rome dans son droit interne et réaffirme son attachement au principe d'une justice internationale, à condition qu'elle soit appliquée de manière équitable à tous les États.
Gloire Malumba