Au-delà des affrontements armés dans l’Est de la République Démocratique du Congo, un autre front, plus discret mais tout aussi stratégique, se dessine : celui du contrôle administratif des territoires.
Selon un rapport publié en avril 2026 par le « Congo Research Group » de l’Université de New-York, la rébellion de l’AFC/M23 aurait engagé une reconfiguration profonde des structures locales dans les zones sous son emprise, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
Une recomposition des pouvoirs coutumiers
Le document évoque le remplacement de plus de vingt (20) chefs traditionnels par des figures jugées proches de la rébellion. Parmi eux, au moins trois chefs de chefferie le plus haut niveau de l’autorité coutumière auraient été démis de leurs fonctions.
Dans un contexte où les chefs coutumiers jouent un rôle clé dans la gestion des terres et la régulation des conflits locaux, ces changements sont perçus comme potentiellement déstabilisateurs.
Le rapport souligne que ce type d’ingérence pourrait raviver des tensions foncières anciennes, en opposant différentes lignées ou communautés autour de la légitimité du pouvoir local.
Une stratégie de contrôle durable
Au-delà des nominations, l’étude met en lumière une stratégie plus large visant à instaurer une administration parallèle. Des cadres politiques, des agents administratifs et même des structures de formation auraient été mis en place pour asseoir l’influence du mouvement dans la durée.
Cette approche suggère une volonté d’ancrage territorial prolongé, dépassant le simple cadre militaire.
Enjeux économiques et gouvernance
Le rapport mentionne également une mainmise accrue sur certaines ressources, notamment dans le secteur minier, ainsi que la mise en place de circuits économiques alternatifs dans les zones concernées.
Toutefois, il relève des limites dans la capacité du mouvement à administrer efficacement ces territoires, notamment en raison du manque de prise en charge administrative de certains cadres et de contraintes financières.
Une lecture contestée par la rébellion
Contactée, la direction de l’AFC/M23 a rejeté ces conclusions, qualifiant le rapport de document « qui ne dit pas la vérité ».
Cette divergence illustre la bataille narrative autour du conflit dans l’est de la RDC, où les enjeux dépassent désormais le champ militaire pour s’étendre à la légitimité politique et au contrôle des structures locales.
Un risque de fragmentation durable
Pour plusieurs observateurs, cette évolution pourrait compliquer davantage toute perspective de stabilisation. La transformation des équilibres coutumiers et administratifs risque en effet de laisser des fractures profondes au sein des communautés, même en cas de désescalade militaire.
Dans une région marquée par des décennies de conflits, la question du pouvoir local apparaît ainsi comme l’un des enjeux les plus sensibles pour l’avenir de la paix dans l’est de la République Démocratique du Congo.
Diddy Mastaki