Dans l’Est de la République Démocratique du Congo, les violences sexuelles et les mariages forcés imposés aux femmes et filles enlevées par les combattants des Allied Democratic Forces révèlent un système de domination organisé et systématique dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.
Un rapport récent de « Amnesty International » décrit un environnement de terreur où les femmes captives sont contraintes à des « mariages » forcés, soumises à des violences sexuelles répétées et privées de toute liberté de décision, y compris sur leur propre corps.
Un système de violence organisé dans les camps
Selon les témoignages recueillis, les femmes enlevées sont rapidement intégrées dans un système où elles sont attribuées à des combattants comme « épouses », sans consentement.
Les survivantes expliquent que ce mécanisme est présenté comme une règle obligatoire dans les camps des ADF. L’une d’elles rapporte avoir reçu un ultimatum clair.
« Ils m’ont dit que si je refusais, ils me tueraient », a-t-elle déclaré.
D’autres victimes décrivent une organisation structurée où des femmes plus âgées participent à l’endoctrinement des nouvelles captives et leur imposent des règles strictes, notamment vestimentaires et religieuses.
Mariages forcés et contrôle total des victimes
Les femmes et filles interrogées indiquent qu’elles étaient contraintes d’accepter des « époux » choisis par les combattants, souvent dans un délai très court après leur enlèvement.
Les témoignages évoquent :
- des mariages imposés sans consentement ;
- des violences sexuelles répétées ;
- des grossesses forcées ;
- et des menaces de mort en cas de refus.
Certaines survivantes affirment avoir été forcées d’assister à des exécutions pour dissuader toute tentative de résistance. Dans ce système, les femmes n’avaient aucun contrôle sur leur vie quotidienne ni sur leur maternité, et vivaient sous surveillance constante.
Endoctrinement et peur permanente
Les récits montrent également un processus d’endoctrinement religieux et idéologique dans les camps. Les captives étaient forcées d’adopter de nouveaux noms, de suivre des règles religieuses imposées et de porter des vêtements couvrant entièrement le corps.
Une survivante raconte que le refus d’obtempérer signifiait la mort.
« Si tu refuses, tu seras tuée. Si tu veux rester en vie, fais tout ce qu’on te dit », a-t-elle dit.
Ce climat de peur était renforcé par des menaces directes et des exécutions publiques de femmes ayant résisté aux ordres.
Exploitation sexuelle et domination
Selon « Amnesty International », ces pratiques ne sont pas isolées mais constituent un système organisé d’exploitation. Les femmes sont décrites comme étant utilisées à la fois pour le travail domestique, la reproduction forcée et les besoins sexuels des combattants.
Certaines survivantes affirment avoir été déplacées entre plusieurs camps et avoir subi des violences continues pendant des années.
Une atteinte grave au droit international
« Amnesty International » estime que les mariages forcés, l’esclavage sexuel, les grossesses imposées et les violences sexuelles documentés constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.
Ces pratiques sont également confirmées par des experts des Nations-Unies, qui ont déjà signalé le caractère systématique de l’esclavage sexuel dans les camps des ADF.
Des survivantes marquées à vie
Les femmes libérées ou ayant réussi à fuir décrivent des traumatismes profonds, des séparations familiales et des difficultés économiques importantes.
Beaucoup restent stigmatisées à leur retour et peinent à accéder à un soutien médical et psychologique adapté.
Appel à la protection des civils
Face à ces violences persistantes, « Amnesty International » appelle les autorités congolaises et la communauté internationale à renforcer la protection des civils dans les zones touchées par les ADF.
L’organisation insiste également sur la nécessité d’un accompagnement durable pour les survivantes, notamment en matière de santé mentale, de justice et de réinsertion sociale.
Dans un contexte sécuritaire toujours fragile dans l’est de la RDC, ces témoignages mettent en lumière l’ampleur des violences subies par les femmes prises au piège des groupes armés.
Joël Heri Budjo