La psychose gagne de nouveau la ville de Beni. Dans la soirée du mercredi 3 juin 2026, un important mouvement de déplacement des habitants a été observé dans plusieurs quartiers périphériques après des alertes faisant état de présences suspectes attribuées aux combattants des Forces démocratiques alliées (ADF).
Selon plusieurs témoignages recueillis par CongoRassure.cd, des familles entières ont quitté précipitamment leurs domiciles dans les quartiers situés à l'est de la ville, notamment vers Païda, pour chercher refuge dans des zones jugées plus sûres. De nombreux déplacés ont été aperçus au rond-point Nyamwisi, en plein centre-ville, portant bagages et effets personnels.
« L'ennemi est déjà à Païda. Ceux qui les ont vus sont venus nous alerter. Nous n'avions plus le choix. Il fallait partir pour sauver nos vies. En ce moment même, plusieurs militaires viennent d'être déployés dans la zone. Nous avons tellement peur », témoigne une mère de famille rencontrée sur la route de l'exode, un fardeau sur le dos.
La scène rappelle les heures les plus sombres vécues par la population de Beni au cours des dernières années. Hommes, femmes et enfants avancent dans l'obscurité avec l'espoir de trouver un endroit plus sécurisé pour passer la nuit.
Pour de nombreux habitants, les rumeurs de présence des ADF sont prises très au sérieux au regard des précédentes attaques enregistrées dans la région.
« Quand les alertes sur la présence des ADF commencent à circuler, nous savons généralement qu'il y a un danger réel. Pour éviter les massacres, il faut parfois quitter sa maison avant qu'il ne soit trop tard. Peu importe la souffrance, l'essentiel est de rester en vie », confie un père de famille transportant son enfant endormi dans ses bras.
Des sources locales signalent également des mouvements similaires du côté de Macampagne, où des alertes font état de déplacements suspects d'hommes armés en provenance de Mangulukene.
Une population traumatisée par les récentes attaques
Cette vague de panique intervient dans un contexte particulièrement tendu à Beni. La ville reste marquée par le massacre de Ngadi survenu dans la nuit du 30 au 31 mai, qui a fait plus d'une dizaine de victimes civiles, ainsi que par la récente attaque enregistrée à Mbau, en territoire de Beni.
Au-delà de la menace sécuritaire, cette situation révèle l'état de vulnérabilité psychologique d'une population qui vit depuis plusieurs années sous la menace permanente des groupes armés. À chaque alerte, des milliers de personnes se retrouvent confrontées au même dilemme : rester chez elles au risque d'être surprises par une attaque, ou abandonner temporairement leurs habitations pour chercher refuge ailleurs.
Alors que les autorités sécuritaires multiplient les patrouilles dans les zones concernées, la population attend toujours des mesures capables de restaurer durablement la confiance et de mettre fin à un cycle de peur qui continue de rythmer le quotidien des habitants de Beni.
Diddy Mastaki