Beni : Prévu pour le 08 février dernier, la cour militaire n’a toujours pas prononcé le jugement contre 13 activistes détenus depuis novembre 2021
Au cours d’une audience tenue le 1er février dernier devant la cour militaire de garnison de Beni, le ministère public a requis 2 ans de servitude pénale principale contre 13 militants du mouvement citoyen lutte pour le changement (LUCHA). Ils sont chargés de désobéissance civile pour avoir violé la mesure de l’autorité urbaine interdisant la tenue de toute manifestation en cette période de l’état de siège.
En effet, ces jeunes activistes avaient été arrêtés le 11 Novembre 2021 par les éléments de l’ordre pendant qu’ils manifestaient contre la persistance de l’insécurité dans la région de Beni et contre l’inefficacité de l’état de siège face aux tueries incessantes dans la zone.
Toujours pas de jugement plus d’un mois après le réquisitoire
« L’affaire opposant les 13 activistes de la Lucha devient de plus en plus complexe lorsque plusieurs semaines après le réquisitoire, les juges tardent encore à prononcer le jugement et jusque-là n’ont fourni aucune explication justifiant ce retard », a confié l’un des avocats de la défense.
Et pendant ce temps, la situation carcérale de ces treize jeunes ne cesse de s’empirer. Selon un communiqué officiel de la LUCHA section de Beni, « deux de ces jeunes activistes ont dernièrement été acheminés d’urgence à l’hôpital général de référence de Beni, c’était après qu’ils aient présenté des complications sanitaires depuis plusieurs jours dans leurs cellules de détention à la prison centrale de Beni. En prison, ces activistes font également face à la famine ainsi qu’à plusieurs autres dangers étant donné le surpeuplement de cette maison pénitentiaire », avait renseigné le même communiqué.
Des manifestations et un dialogue démocratique qui n’a rien résolu
Pour demander la libération sans condition de tous les activistes arrêtés depuis l’instauration de l’état de siège, la synergie des mouvements citoyens et groupes de pression avait initié en fin Janvier dernier, une série des manifestations couplées aux journées sans activités. Ces manifestations visaient aussi à condamner la persistance de l’insécurité et l’inefficacité de l’état de siège face aux massacres dans la région de Beni.
Les autorités urbaines s’étaient catégoriquement opposées à l’organisation de ces actions.
Malheureusement, durant la première journée de ces actions, un jeune homme de 22 ans, militant du mouvement citoyen lutte pour le changement, fut tué. Mumbere Ushindi avait succombé de ses blessures après avoir été tiré à bout portant par un agent de la police nationale congolaise lors d’une altercation.
La mort de ce jeune activiste n’a fait qu’envenimer la situation, handicapant ainsi d’une manière, la collaboration entre une importante fraction de la population et les animateurs de l’état de siège.
Tout en essayant de renouer le lien entre les deux parties, une organisation non gouvernementale a initié un dialogue Démocratique en début du mois de Mars, des assises qui ont mis plusieurs représentants des jeunes ainsi que les autorités urbaines autour d’une même table en vue de trouver une voie de sortie.
« Plusieurs recommandations et engagements ont été élaborées à la fin de cette activité. D’une part les autorités s’engageaient à se rapprocher encore plus de leurs administrés et à mettre tous les moyens en œuvre pour aboutir à la libération des activistes détenus depuis plusieurs mois. Quant aux jeunes, ils s’étaient engagés à collaborer avec les autorités et contribuer à la recherche de la paix dans la zone ».
Cependant, deux semaines après ce dialogue, les recommandations et engagements pris sont loin d’être matérialisés, surtout celui en rapport avec la libération des activistes.
Au total treize militants du mouvement citoyen lutte pour le changement (LUCHA) dont une fille sont détenus depuis Novembre dernier après qu’ils aient été arrêtés pendant une manifestation anti-insécurité à Beni.
« À ceux-ci s’ajoutent un autre activiste, membre d’un groupe de pression de la place, arrêté depuis Juillet 2021 ainsi que deux artistes rappeurs détenus dans la prison centrale de Munzenze à Goma, où ils ont été condamnés respectivement à 10 et 2 ans de servitude pénale ».