Samedi 11 février à 16h20, le verdict de ce procès très attendu par la population, fatiguée de devoir fuir à cause de la persistance des combats, est tombé. Sept soldats des forces armées congolaises et commandos de la Garde républicaine (GR) ont été condamnés à mort et mis à la disposition de la justice.
Le tribunal militaire de la garnison de Goma, qui a siégé dans une salle d'audience mobile à Sake, à 27 km à l'ouest de Goma (territoire de Masisi), les a accusés de plusieurs infractions graves, notamment de lâcheté, de meurtre, de coups et blessures aggravés, ainsi que de dispersion d'armes de guerre. Ces infractions relèvent de l'article 57 du code pénal militaire de la RDC.
Cependant, la peine de mort ayant été commuée en prison à vie en République démocratique du Congo, les soldats condamnés devront passer toute leur vie derrière les barreaux.
Il leur est principalement reproché d'avoir abandonné la ligne de front contre les rebelles du M23 dans le territoire de Masisi et d'avoir créé la panique dans la cité de Sake et à Mubambiro. Cette situation a entraîné un déplacement massif des populations de Sake, de Kamuronza et d'une partie des déplacés de guerre du site de Mashitingi.
Une condamnation plutôt bien accueillie
La nouvelle de la condamnation de ces soldats a été applaudie par plus d'un habitant du Nord-Kivu. Beaucoup espèrent que cette condamnation dissuadera d'autres soldats restés sur le champ de bataille de faire la même chose.
"La justice a bien fait d'arrêter ces soldats qui ont fui les lignes de front. J'espère que cette condamnation servira de leçon aux autres soldats qui sont restés sur le front. Nous sommes fatigués de cette guerre, nous comptons beaucoup sur nos militaires, nos seuls remparts pour le moment, car nous ne pouvons pas compter sur la force régionale de l'EAC", a déclaré Fumbo Simbi, 25 ans, un conducteur de moto marié de Munigi, dans le territoire de Nyiragongo.
“Nous demandons à nos militaires de ne pas fuir les lignes de front. Ce n'est pas une bonne attitude. Mais aussi de ne pas semer la panique au sein de la population. Nous avons foi en eux. Qu'ils se battent pour le pays et qu'ils nous réconfortent dans cette période difficile de guerre que nous traversons. Nous sommes derrière eux et nous les soutenons", a ajouté ce père de deux enfants.
Sumaili Sabasaba, 50 ans, marié et père de 8 enfants, qui est un ancien soldat de l'armée congolaise, a fermement condamné le fait que ces 7 soldats aient fui le champ de bataille. Pour lui, un soldat se bat jusqu'au bout.
“Je suis un démobilisé, j'ai servi sous le drapeau au temps de Muzee Kabila Laurent. Je ne suis pas content de la situation qui prévaut dans notre pays. Et je suis très en colère contre les militaires qui ont fui les lignes de front. La discipline militaire veut qu'on se batte jusqu'au bout. Et si vous devez mourir, vous mourrez avec votre arme à la main. Un soldat qui fuit le champ de bataille est un idiot. Vous êtes un soldat et vous fuyez la ligne de front ? Mais pour aller où ?", a déclaré Sumaili.
Nguru Léonard, un trentenaire, estime que tous les soldats qui font l'objet de cette condamnation le méritent en vertu de la loi qui régit les forces armées de la RDC. "Un soldat est censé connaître la loi militaire en fonction de la formation qu'il a reçue. Il a juré de servir la nation jusqu'au sacrifice suprême. Pourquoi devrait-il perdre le contrôle pendant les opérations au point de provoquer la panique au sein de la population, qui est toujours en état de psychose ? Cela signifie simplement qu'il sait ce qu'il a fait. Et comme la loi militaire est claire, ces soldats doivent faire face aux conséquences. Pour moi, la justice militaire a bien fait son travail.
Cependant, Kambale Halisi estime que la population et les militaires sont également choqués par ce qu'il considère comme une guerre plus politique que militaire.
"En tant que Congolais, je ne peux pas soutenir la peine de mort pour ces soldats car nous, la population, les militaires et certains politiciens, sommes victimes de cette guerre. Leur condamnation jusqu'à la peine de mort est pour moi très fortuite car ils sont victimes autant que nous. Qu'ils cèdent à la panique me semble normal car ils ont aussi besoin de vivre, leurs familles et leurs enfants ont aussi encore besoin d'eux à leurs côtés.
"Cette condamnation démontre qu'il est urgent d'extirper les brebis galeuses de notre armée. Nous espérons que la justice militaire continuera à suivre de près ce qui se passe sur le front pour se charger de tous les militaires qui se rendent coupables soit de violations des droits de l'homme, soit de violations des consignes. Cela contribuera à rétablir la discipline et l'ordre parmi nos troupes qui combattent l'ennemi", a pour sa part déclaré Placide Nzilamba, secrétaire rapporteur de la Société civile du Nord-Kivu.
La genèse de l'affaire
Le 9 février 2023, une psychose généralisée a été observée dans la cité de Sake alors que des affrontements entre les forces armées congolaises et les rebelles du M23 se déroulaient à une dizaine de kilomètres de la cité. Une grande partie de la population, qui craignait que les combats n'atteignent la ville, n'ayant entendu que quelques tirs de balles, a fui, sans savoir exactement ce qui se passait.
C'est après que des milliers de personnes aient décidé de fuir qu'il s'est avéré que cette situation a été créée par le décrochage sur le champ de bataille de 7 soldats des Forces Armées de la République Démocratique du Congo qui, en arrivant dans la cité de Sake, ont tiré des balles en l'air, semant la panique parmi la population de Sake qui, dans la foulée, a cru que les combattants du M23 avaient atteint la ville.
En effet, ce n'est que quelques heures plus tard que le député honoraire Abdoul Pilipili, originaire de Sake, tentant de calmer les habitants, a indiqué que l'ennemi n'était pas encore dans la cité mais que c'était l'œuvre de certains soldats qui s'étaient éloignés des lignes de front. "Au cours de cet incident, deux personnes sont mortes", avaient déclaré également des sources de la société civile locale.
Arrivés à Goma, fief de la province du Nord-Kivu, ces soldats ont été appréhendés par d'autres membres de l'armée gouvernementale. Ils ont été mis à la disposition de la justice militaire, qui a organisé deux jours plus tard un procès qui a abouti à leur condamnation à mort.
L'armée tente de rassurer la population
S'exprimant au nom de l'armée loyaliste, le porte-parole des FARDC, le lieutenant-colonel Ndjike Kaiko Guillaume, a tenté de rassurer la population du Nord-Kivu sur la situation sécuritaire dans cette partie du pays. Alors que sept soldats étaient jugés pour avoir abandonné les lignes de front, le porte-parole militaire a déclaré à la presse dans la cité de Sake que l'armée gouvernementale reste “déterminée à déloger l'ennemi de toutes les localités occupées”.
"Les soldats des FARDC continuent à exercer une pression sur les rebelles sur l'axe Saké-Kirolirwe", a au même moment déclaré le porte-parole de l'armée dans cette région, le lieutenant-colonel Ndjike.
KMC, Emmanuel Mwene, Diddy Mastaki