À Kolwezi, dans la province minière du Lualaba, l’émotion suscitée par l’affaire de viol collectif ne retombe pas. Alors que neuf des dix accusés ont été condamnés à la peine capitale, l’ancien ministre Félix Momat exhorte les autorités congolaises à aller au-delà du verdict judiciaire et à mettre en place un dispositif pérenne d’accompagnement des survivantes.
« Au-delà de la condamnation à mort des neuf agresseurs dans ce drame de viols collectifs à Kolwezi, l’exigence première pour l’État et la société demeure l’instauration d’un dispositif intégré et pérenne de prise en charge médicale, psychologique, sociale et juridique de la survivante, conforme aux standards des droits humains », a déclaré Félix Momat mercredi 25 février 2025.
Un crime d’une « gravité extrême »
Pour l’ancien membre du gouvernement, la réponse pénale, aussi sévère soit-elle, ne saurait suffire face à l’ampleur du traumatisme subi par la victime. « Le viol, crime d’une gravité extrême, peut, selon les circonstances, relever du crime contre l’humanité et en emporter l’imprescriptibilité », a-t-il souligné.
Il insiste notamment sur la nécessité d’assurer à la survivante « l’anonymat, la sécurité, la réinsertion et un accompagnement spécialisé continu, afin de prévenir toute revictimisation et les séquelles psychotraumatiques, sexuelles et reproductives durables ». Une prise en charge qu’il souhaite conforme aux engagements internationaux de la RDC en matière de droits humains.
Un verdict sans appel
Lundi 23 février, le tribunal de grande instance de Kolwezi a rendu son jugement dans une affaire qui avait profondément choqué l’opinion publique en janvier dernier. Les faits se sont déroulés dans le quartier Golf ISTM, où une jeune fille avait été entraînée puis violée par un groupe de jeunes hommes.
La scène, filmée par les agresseurs eux-mêmes, avait été massivement diffusée sur les réseaux sociaux, provoquant une vague d’indignation nationale et accélérant l’identification des suspects.
Au terme d’un procès en flagrance tenu au chef-lieu de la province, neuf prévenus ont été reconnus coupables d’association de malfaiteurs et de viol.
Sur les dix individus initialement poursuivis, le dossier de Zéphirin Ngoy Kalenga a été disjoint. Déclaré mineur au moment des faits, il devra comparaître devant une juridiction pour enfants, conformément à la législation congolaise en vigueur.
Au-delà de l’exemplarité judiciaire
Si le verdict est salué par une partie de l’opinion comme un signal fort contre les violences sexuelles, Félix Momat met en garde contre une lecture strictement punitive de l’affaire. Pour lui, la lutte contre les violences basées sur le genre passe autant par la dissuasion que par la protection effective des victimes.
Rédaction