La table ronde nationale « Médias, Justice et Sécurité des journalistes » s'est tenue ce lundi 12 octobre dans la capitale. Organisée par Journaliste en danger (JED), avec l'appui du ministère de la Communication et Médias, elle a réuni des professionnels de la justice, des services de sécurité et des médias, ainsi que des diplomates accrédités à Kinshasa.
Trois thèmes au cœur des échanges
Les discussions ont porté sur la protection des journalistes et la préservation de l'ordre public, avec un accent sur le rôle des services de sécurité dans la conciliation entre sécurité nationale et liberté de la presse. Elles ont aussi traité de la responsabilité pénale des professionnels des médias, au regard des défis de la pratique judiciaire, et des acquis de l'Ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023, notamment en matière de garanties juridiques face aux poursuites.
Lors des panels, des experts de la justice ont pris la parole, dont de hauts magistrats de la Cour de cassation. Le ministre d'État en charge de la Justice, la Vice-Primature de l'Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières, le président du CSAC, l'UNPC et JED y ont également participé. Tous ont cherché des pistes pour alléger les pressions qui pèsent régulièrement sur les professionnels des médias en RDC.
« La sécurité nationale et l'ordre public ne sont pas des adversaires de la presse »
Dans son mot d'accueil, le président de JED, Donnat Mbaya Tshimanga, a affirmé que « la sécurité nationale et l'ordre public ne sont pas des adversaires de la presse ». Il a plaidé pour un renforcement de la protection des journalistes.
Le ministre d'État, ministre de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko, a assuré que la RDC est un pays de liberté d'expression. Il a indiqué que des mécanismes sont en construction pour améliorer l'accès à la justice pour tous, en s'appuyant sur les acquis de la loi dite « Muyaya ».
Assainir la profession
Le président du CSAC, Christian Bosembe, a estimé qu'il faut sauver la profession en procédant à un « toilettage » au sein de la corporation, car la liberté d'expression « n'est pas un permis à la délinquance ni au banditisme ». Selon lui, la sécurité de l'État doit préoccuper tout professionnel des médias, afin que chacun puisse jouir des libertés garanties.
Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, a jugé impératif de déterminer qui est réellement journaliste en RDC et qui il faut défendre, une définition qui permettrait d'agir en faveur des professionnels crédibles.
« Le journaliste doit reprendre son appellation de "Monsieur" car il mérite considération », a-t-il martelé, en soulignant la nécessité de protéger et sécuriser celui qui collecte, traite et diffuse l'information, pour préserver sa crédibilité sociale.
Il a aussi plaidé pour une instance d'autorégulation forte, condition de l'assainissement du secteur médiatique congolais. Le gouvernement Suminwa envisage, a-t-il indiqué, de valoriser l'identification et la délivrance de la carte de presse en cours, par des facilités dans plusieurs secteurs.
La frontière entre le professionnel exerçant au vrai sens du terme et le simple citoyen qui partage des nouvelles a également alimenté les débats. Les participants ont par ailleurs rappelé que le droit de réponse, clairement prévu par l'Ordonnance-loi du 13 mars 2023 fixant les modalités d'exercice de la liberté de la presse, de l'information et d'émission en RDC, doit être respecté par les journalistes.
Un mécanisme national de protection en quatre priorités
Le secrétaire général de JED, Tshivis Tshivuadi, a présenté le mécanisme national de protection des journalistes, conçu avec Reporters sans frontières (RSF). Il repose sur quatre priorités :
- dépénaliser les délits de presse ;
- mettre fin aux arrestations et suspensions arbitraires ;
- enquêter sur les assassinats non élucidés ;
- instaurer un mécanisme indépendant de protection des journalistes.
Ce dispositif s'appuie sur le rôle des médias dans les politiques publiques, la cohésion sociale et la pacification de l'Est du pays. Il se réfère aussi à la résolution des Nations-Unies ayant fait du 02 novembre la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes.
Enfin, le représentant du Vice-Premier ministre, ministre de l'Intérieur, Sécurité et Affaires coutumières, a souligné que les journalistes congolais ne devraient pas être traités comme de simples citoyens en cas de poursuites judiciaires.
Gloiredo Ngise