La polémique autour de l'identité et de la place de la communauté des Banyarwanda en Ouganda continue de s'intensifier. Déclenché par les contestations de certains parlementaires concernant la nationalité du Dr Lawrence Muganga, récemment désigné ministre délégué à l'Intérieur, le débat prend désormais une dimension sécuritaire après des déclarations controversées de l'homme d'affaires et influenceur ougandais Frank Gashumba.
Lors de son audition devant la commission parlementaire chargée de valider les nominations ministérielles, Lawrence Muganga a rejeté les accusations mettant en doute son appartenance à la nation ougandaise.
« Je ne suis pas Rwandais. Il faut bien faire la différence entre être citoyen rwandais et être Munyarwanda, membre de la communauté autochtone Banyarwanda d’Ouganda », a-t-il déclaré devant les parlementaires.
Cette mise au point n'a cependant pas suffi à calmer les tensions autour de cette communauté dont plusieurs membres affirment être victimes de stigmatisation dans le débat politique ougandais.
La menace d'un « M23 ougandais »
C'est dans ce contexte que Frank Gashumba a tenu des propos qui suscitent de vives réactions dans l'opinion publique.
Réagissant aux discours appelant certains Banyarwanda à « retourner au Rwanda », il a estimé que la question identitaire devait être réglée de manière définitive par les autorités ougandaises.
« Ils ont déclaré : "Tu es Rwandais, retourne au Rwanda." Par ailleurs, au-delà de la Cour constitutionnelle, nous disposons d'autres options », a-t-il affirmé.
Avant d'ajouter :
« Si la question des Banyarwanda n'est pas réglée, croyez-moi, préparez-vous à voir le M23 version Ouganda. Oui, toutes les options restent envisageables. Et si l'on exige que nous retournions au Rwanda, nous devrions y retourner avec nos terres. »
Ces déclarations interviennent dans une région déjà marquée par les conséquences du conflit impliquant le mouvement rebelle M23 dans l'est de la République démocratique du Congo.
Un débat identitaire sensible
La communauté des Banyarwanda d'Ouganda regroupe des populations d'origine rwandaise installées depuis plusieurs générations dans différentes régions du pays. Si nombre de ses membres revendiquent pleinement leur citoyenneté ougandaise, la question de leur identité continue parfois d'alimenter des controverses politiques.
Pour plusieurs observateurs, les propos de Frank Gashumba traduisent un malaise plus profond autour de la reconnaissance et de l'intégration de certaines communautés dans les États de la région des Grands Lacs.
Toutefois, aucune organisation armée ni aucun mouvement politique n'a officiellement revendiqué ou annoncé un projet comparable au M23 en Ouganda. Les déclarations de l'homme d'affaires sont donc perçues à ce stade comme une mise en garde politique plutôt qu'une annonce concrète.
Un enjeu régional
Cette controverse intervient alors que les questions de citoyenneté, d'identité et d'appartenance communautaire demeurent parmi les sujets les plus sensibles dans la région des Grands Lacs africains.
Pour plusieurs analystes, l'évolution de ce débat en Ouganda mérite une attention particulière, notamment en raison des tensions régionales persistantes entre l'Ouganda, le Rwanda et la République démocratique du Congo, où les questions liées aux populations rwandophones ont régulièrement alimenté des crises politiques et sécuritaires.
Diddy Mastaki