L'insécurité persistante dans les territoires de Beni et Lubero continue d'alimenter les analyses sur les interactions entre les différents conflits qui secouent la partie Est de la République Démocratique du Congo.
Dans une analyse publiée récemment, Jean-François Le Drian estime que les offensives menées par l'AFC/M23, soutenu selon plusieurs rapports des Nations-Unies par le Rwanda, ont considérablement réduit la capacité opérationnelle des Forces armées de la RDC (FARDC) face aux Allied Democratic Forces (ADF), affiliées depuis 2019 à l'organisation État islamique sous l'appellation ISCAP.
Selon l'analyste, les populations Nande (Yira), majoritaires dans les territoires de Beni et Lubero, sont aujourd'hui les premières victimes de cette situation sécuritaire. Il rappelle que cette région est régulièrement frappée par des massacres, des enlèvements, des incendies de villages et d'autres exactions attribués aux ADF.
En s'appuyant sur des données de l'Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) de juin 2025, Jean-François Le Drian affirme observer une corrélation entre les avancées territoriales du M23 et la baisse de la pression militaire exercée contre les ADF.
Selon son analyse, chaque progression du M23 oblige les FARDC à redéployer une partie de leurs effectifs vers d'autres fronts, réduisant les moyens disponibles pour les opérations dans le Grand Nord. Ce redéploiement créerait un vide sécuritaire dont profiteraient les ADF pour intensifier leurs attaques contre les populations civiles.
Pour Jean-François Le Drian, cette situation nourrit ensuite un discours présentant l'armée congolaise comme incapable d'assurer la sécurité de son territoire. Il qualifie ce raisonnement de « manipulation par inversion des causes et des conséquences », estimant que l'ouverture d'un second front par le M23 contribue précisément à limiter les capacités des FARDC à lutter simultanément contre plusieurs menaces.
L'analyste inscrit cette lecture dans un contexte plus large des relations entre la RDC et le Rwanda depuis les années 1990, évoquant les interventions militaires passées, le soutien présumé à plusieurs groupes armés et les tensions persistantes autour des ressources naturelles de la partie Est du Congo.
Cette analyse intervient alors que plusieurs rapports d'experts des Nations-Unies ont documenté un soutien militaire rwandais au M23, des accusations régulièrement rejetées par Kigali. Les autorités Rwandaises contestent ces conclusions et affirment agir avant tout pour répondre à leurs préoccupations sécuritaires le long de leur frontière avec la RDC.
Diddy Mastaki