Trois jours après son discours à la nation, l’ancien président congolais Joseph Kabila est présenté comme le futur dirigeant d’une nouvelle coalition politico-militaire baptisée Front pour la Refondation de la Nation (FRN). Une annonce datée du lundi 12 octobre, à Goma, qui constitue un tournant dans la crise politique et sécuritaire que traverse le pays.
Joseph Kabila serait-il sur le point de franchir une nouvelle étape dans son bras de fer avec le pouvoir de Félix Tshisekedi ? Selon des informations faisant état de la constitution d’un nouveau mouvement politico-militaire dans la capitale du Nord-Kivu, l’ancien chef de l’État congolais a été désigné président du Front pour la Refondation de la Nation (FRN).
Cette nouvelle structure politico-militaire réunit plusieurs figures de premier plan de la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23).
D’après l’organigramme présenté, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa occupent les fonctions de vice-présidents, tandis que Sultani Makenga, chef militaire du M23, est nommé chef d’état-major général, avec rang de vice-président. Freddy Kaniki se voit confier le secrétariat général du mouvement, avec Benjamin Mbonimpa comme secrétaire général adjoint.
Un discours qui annonçait une nouvelle séquence
Cette information intervient trois jours après l’adresse prononcée par Joseph Kabila, le vendredi 9 octobre. Lors de cette intervention, l’ancien président, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, avait dressé un réquisitoire contre la gouvernance actuelle, dénonçant notamment la dégradation de la situation sécuritaire, les divisions politiques et les atteintes aux libertés publiques.
Surtout, il avait promis de présenter, dans les jours et semaines à venir, de nouvelles initiatives destinées à répondre à ce qu’il considère comme une crise profonde de l’État congolais.
L’annonce d’un éventuel Front pour la Refondation de la Nation pourrait-elle constituer la traduction politique de cette promesse ? La question se pose d’autant plus que, dès le 10 octobre, Peter Kazadi, figure de la majorité présidentielle, avait publiquement affirmé que Joseph Kabila envisageait de prendre la direction d’un nouveau mouvement issu d’une réorganisation de la rébellion du M23.
Vers une nouvelle architecture de la rébellion ?
La composition annoncée du FRN est par ailleurs une évolution importante dans l’organisation politique et militaire de la rébellion active dans l’est de la RDC. La présence de Corneille Nangaa, actuel coordonnateur politique de l’AFC/M23, de Bertrand Bisimwa et de Sultani Makenga aux côtés de Joseph Kabila suggère une recomposition de la direction du mouvement autour de l’ancien chef de l’État.
Une telle configuration soulève néanmoins plusieurs interrogations, notamment celle de savoir s’il s’agit d’une nouvelle organisation appelée à remplacer l’AFC/M23 ou d’un simple changement de leadership ?
Quelles conséquences pour Kinshasa et le processus de paix ?
Cette éventuelle évolution intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. En effet, quelques jours auparavant, des facilitateurs de l’Union africaine s’étaient rendus à Goma pour rencontrer les responsables de l’AFC/M23, dans le cadre des efforts engagés pour trouver une issue au conflit dans l’est du pays.
Pour plusieurs analystes, l’arrivée officielle de Joseph Kabila à la tête d’une coalition politico-militaire risque potentiellement de modifier les rapports entre les différents protagonistes et pose la question de sa place dans les négociations. D’après ceux-ci, pour les autorités de Kinshasa, une telle configuration ajoute une nouvelle dimension politique à une crise déjà marquée par des tensions régionales et des affrontements armés persistants. Ils indiquent que toutefois la portée réelle de cette annonce dépendra avant tout des objectifs officiellement assignés au FRN et de ses éventuels liens organisationnels avec l’AFC/M23.
La Rédaction