La déclaration politique datée du 12 octobre 2026, annonçant la création du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), apporte de nouveaux éléments sur la recomposition de la rébellion congolaise. Le document, qui place Joseph Kabila à la tête de la nouvelle structure, prévoit la disparition de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et revendique le recours possible à la force.
Un an après le lancement de « Sauvons la RDC » à Nairobi, Joseph Kabila apparaît désormais à la tête d’une nouvelle structure politico-militaire annoncée depuis Goma. Et cette fois, les termes employés dans le document constitutif ne laissent guère de doute sur l’orientation revendiquée par ses auteurs.
Dans une déclaration politique de six pages datée du lundi 12 octobre 2026, à l’issue de concertations présentées comme ayant eu lieu les 10 et 11 octobre à Goma, les initiateurs du Front pour la Refondation de la Nation (FRN) affirment vouloir “fédérer les différentes forces opposées au pouvoir de Félix Tshisekedi”.
Mais au-delà du réquisitoire contre Kinshasa, largement développé dans les premières pages de la déclaration, ce sont surtout les dispositions relatives à la création, aux objectifs et à l’organisation du FRN qui retiennent l’attention.
Car le texte semble consacrer une nouvelle étape dans la trajectoire politique de Joseph Kabila, celle d’un ancien président qui passe de la direction d’une coalition politique d’opposition à celle d’une organisation revendiquant ouvertement une dimension militaire.
L’AFC disparaît officiellement dans le texte
C’est probablement l’une des dispositions les plus importantes de la déclaration. À son point 11, le document affirme que son adoption et sa signature mettent définitivement fin à l’existence de l’Alliance Fleuve Congo. Il précise ensuite que le Front pour la Refondation de la Nation succède de plein droit à l’AFC.
Cette formulation signifie que le FRN ne constitue pas simplement une organisation supplémentaire dans le paysage politico-militaire congolais, mais qu’il est destiné à remplacer la structure politique jusque-là dirigée par Corneille Nangaa.
Reste une incertitude majeure, la disparition annoncée de l’AFC entraîne-t-elle également une réorganisation du M23 sur le terrain ? La déclaration ne permet pas, à elle seule, de déterminer précisément le devenir de toutes ses composantes militaires.
Le recours à la force désormais inscrit dans la doctrine
Autre passage particulièrement révélateur, le point 9 du document. Les auteurs y assignent au FRN la mission de coordonner les forces de résistance afin de mettre fin au pouvoir qu’ils qualifient de tyrannique, « par tous les moyens y compris la force ».
Cette formulation constitue une différence fondamentale avec l’orientation politique et diplomatique initialement affichée par « Sauvons la RDC ».
Créée en octobre 2025, cette dernière plateforme avait rassemblé des opposants politiques, des personnalités de la société civile et des militants pro-démocratie autour d’un objectif commun, contester la gouvernance de Félix Tshisekedi et promouvoir une alternative politique.
Son agenda comprenait notamment une offensive diplomatique et un appel au dialogue national inclusif. Avec le FRN, la déclaration introduit explicitement la possibilité de recourir aux armes pour atteindre les objectifs politiques revendiqués. Ses auteurs invoquent notamment l’article 64 de la Constitution congolaise, relatif au devoir de faire échec à une prise ou à un exercice du pouvoir en violation de la Constitution.
Un nouveau défi pour les négociations de paix
La création annoncée du FRN intervient également dans un contexte où les discussions diplomatiques cherchent toujours à obtenir une désescalade dans l’est de la RDC. L’annonce de la succession de l’AFC par le FRN pose une question institutionnelle immédiate, quelle organisation sera désormais responsable des engagements précédemment pris dans le cadre des négociations ?
La présence de Joseph Kabila au sommet de cette nouvelle architecture pourrait également modifier la répartition du pouvoir entre les responsables politiques et militaires de la rébellion. Toutefois, les modalités concrètes de cette nouvelle direction, l’étendue de son autorité sur les unités armées et les conséquences sur les accords existants restent à clarifier.
Rédaction