Au terme de ses vacances parlementaires couvrant la période de décembre 2025 à mars 2026, le député national Babangu Wababu Paul a rendu public un rapport accablant sur la situation du territoire d’Irumu, dans la province de l’Ituri. Ce document, élaboré à l’issue d’une mission de terrain, met en lumière une crise multidimensionnelle qui affecte profondément la vie des populations locales.
Une mission de terrain axée sur l’écoute des populations
Conformément aux dispositions du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale, l’élu affirme avoir mené une série d’activités de proximité dans sa circonscription électorale. Il s’agit notamment de meetings populaires, de rencontres avec les autorités politico-administratives, de consultations avec les Chefs coutumiers, les notables, les jeunes, les femmes et les leaders religieux, ainsi que d’échanges avec les responsables des secteurs clés comme la santé, l’éducation et la sécurité. Ces démarches visaient à recueillir les préoccupations réelles de la population et à évaluer les défis auxquels font face les structures locales.
Parallèlement, une campagne de sensibilisation a été organisée autour de l’unité nationale, de la paix, de la sécurité et du vivre-ensemble, dans un contexte marqué par une insécurité persistante, notamment liée à l’activisme des groupes armés, dont les ADF dans la partie Est du territoire d’Irumu.
Irumu, un territoire stratégique mais sous pression
Situé au sud de la province de l’Ituri, le territoire d’Irumu constitue une entité administrative importante composée de 12 collectivités, dont 11 chefferies et un secteur, répartis en 51 groupements. Parmi celles-ci figurent notamment les chefferies d’Andisoma, Bahema-Boga, Walendu-Bindi (Gety), Tchabi, Basili (Komanda), Mobala et Walese-Vonkutu.
Accessible par voies routière, lacustre via le lac Albert et aérienne grâce à certaines pistes locales et à l’appui de structures comme la Mission Aviation Fellowship, ce territoire dispose d’un potentiel géographique important, encore largement sous-exploité.
Une gouvernance fragilisée et contestée
Sur le plan politique et administratif, le rapport met en évidence une fragilisation de l’autorité de l’État. Cette situation se traduit par des conflits de légitimité dans certaines chefferies, une administration publique marquée par le manque d’infrastructures et de moyens, ainsi qu’une justice jugée peu accessible et entachée de pratiques de corruption.
Le député relève également la multiplication des litiges fonciers, conséquence d’une gestion peu transparente des terres, ainsi que des violations fréquentes des droits humains dans les zones affectées par les conflits. À cela s’ajoutent les défis liés à la gestion des frontières, caractérisée par des trafics illicites et une insécurité transfrontalière persistante.
Une insécurité persistante et des déplacements massifs
La situation sécuritaire demeure l’une des préoccupations majeures. Le territoire d’Irumu reste fortement affecté par l’activisme des groupes armés, entraînant des déplacements massifs de populations et une insécurité généralisée.
Les zones de Tchabi, Boga et Walese Vonkutu figurent parmi les plus touchées. Cette instabilité impacte directement la protection des biens et des personnes, tout en paralysant le fonctionnement normal des services publics.
Une économie locale en difficulté
Sur le plan économique et financier, le rapport dresse le constat d’un tissu économique en difficulté. Les infrastructures routières, notamment les axes RN4, RN27 et Bunia–Kasenyi, sont dans un état de dégradation avancée, rendant difficile l’évacuation des produits agricoles vers les marchés.
La faible transformation locale, la faible attractivité du territoire pour les investisseurs, la dollarisation excessive de l’économie et l’accès limité aux services bancaires constituent autant de contraintes qui freinent le développement économique. Le document souligne également l’insuffisance des infrastructures énergétiques et la nécessité de moderniser l’aéroport de Bunia afin de soutenir les échanges au niveau national et international.
Santé, éducation et protection sociale en crise
Dans le secteur social, la situation reste préoccupante. Les structures sanitaires sont sous-équipées et peinent à répondre aux besoins de la population, tandis que la couverture vaccinale demeure faible. Le rapport évoque également une crise humanitaire silencieuse, aggravée notamment par le retrait de certains partenaires comme l’USAID dans certaines zones.
Dans le domaine de l’éducation, la déscolarisation massive des enfants, le manque d’infrastructures scolaires adéquates, l’insuffisance d’enseignants et de matériel didactique constituent des défis majeurs. Par ailleurs, l’absence d’un système de sécurité sociale renforce la vulnérabilité des déplacés, des orphelins et des femmes victimes de violences.
Culture, médias et environnement négligés
Les aspects culturels et médiatiques ne sont pas épargnés. Le rapport note une faible couverture des médias publics et locaux, ainsi qu’un manque d’infrastructures sportives et culturelles, limitant les opportunités d’épanouissement des jeunes.
Sur le plan environnemental, la déforestation, la pollution et l’absence de politiques efficaces de gestion durable des ressources naturelles sont également pointées du doigt, tout comme les conflits liés au pouvoir coutumier.
Des recommandations pour une réponse urgente
Face à cette situation, le député national formule une série de recommandations à l’endroit du Gouvernement. Il appelle notamment à l’intensification des opérations militaires contre les groupes armés, à la restauration de l’autorité de l’État dans les zones fragilisées, à la réhabilitation des infrastructures routières, ainsi qu’à la construction et à l’équipement des centres de santé.
Il recommande également la mise en place de programmes sociaux en faveur des populations vulnérables, le soutien aux coopératives agricoles, la promotion de l’économie locale et l’accélération des projets structurants, notamment le programme de développement local des 145 territoires et la construction du pont sur la rivière Semuliki.
Un appel à l’action des institutions nationales
À l’Assemblée nationale, il est demandé de renforcer le contrôle de l’action gouvernementale, d’adapter le cadre légal pour faciliter les investissements dans les zones fragiles, de promouvoir la protection des droits humains et d’assurer un plaidoyer efficace en faveur des populations d’Irumu et de l’Ituri.
La paix, condition essentielle du développement
Le rapport souligne que le principal défi du territoire d’Irumu demeure la restauration d’une paix durable, condition essentielle à tout développement. Pour l’élu, le développement doit se traduire par des actions concrètes sur le terrain, notamment la construction de routes asphaltées, d’écoles modernes, d’hôpitaux équipés, l’électrification des milieux ruraux et la mise en œuvre de programmes sociaux efficaces.
Il appelle ainsi à une mobilisation concertée des institutions nationales pour répondre aux attentes des populations et restaurer l’espoir dans cette partie du pays.
Joël Heri Budjo