Alors que l'annonce d'une ordonnance présidentielle sur le dialogue national se fait toujours attendre, les tensions politiques montent d'un cran en République démocratique du Congo. Interrogé sur les retards successifs et les promesses d'adresses à la nation de Félix Tshisekedi, Martin Fayulu dénonce une stratégie délibérée du pouvoir visant à temporiser.
L'échéance inamovible de 2028
Pour l'opposition, le calendrier politique reste strict et non négociable. Face au risque perçu de manœuvres visant à prolonger son séjour au pouvoir, la ligne fixée est catégorique : l'échéance présidentielle fixée à décembre 2028 constitue une limite absolue.
« Qu’il y ait organisation de dialogue ou pas, qu’il y ait élection ou pas, Félix doit partir », insiste Fayulu lors de son interview à la RFI, rappelant qu'aucun troisième mandat n'est légalement ni politiquement envisageable pour le chef de l'État actuel ou pour quiconque.
L'opposition prévient ainsi le pouvoir contre l'usage de subterfuges pour contourner les forces vives du pays et retarder les processus institutionnels.
Une exigence d'inclusion face aux négociations parallèles
Au-delà de la question du calendrier, le format du dialogue suscite une vive controverse, notamment concernant la participation de figures clés condamnées par la justice congolaise, à l'instar de l'ancien président Joseph Kabila et de Corneille Nangaa, coordonnateur de l'alliance politico-militaire AFC/M23.
Alors que ces demandes font polémique, l'opposition pointe du doigt ce qu'elle qualifie de double discours du gouvernement. Elle évoque l'existence de discussions menées entre le pouvoir et l'AFC/M23 à Doha, ayant abouti à l'élaboration de huit protocoles d'accord. Pour l'opposition, il est inacceptable que le gouvernement et les belligérants cherchent à imposer ces arrangements bilatéraux à la société civile et à l'ensemble du paysage politique congolais.
Pour justifier la présence de personnalités sous le coup de condamnations judiciaires autour de la table des négociations, les tenants d'un dialogue global rappellent l'histoire politique du pays.
En s'appuyant sur l'expérience de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), l'opposition souligne que des acteurs politiques alors condamnés à mort avaient pu prendre part aux travaux grâce à l'adoption de mesures adéquates de décrispation politique.
Selon cette vision, l'urgence de la situation sécuritaire et politique à l'est de la RDC impose la présence de l'ensemble des acteurs ayant contribué à la crise afin de traiter en profondeur les racines de la déstabilisation du Congo.
Gloiredo Ngise