Le député national élu de l’Ituri, Paul Babangu, s’est prononcé contre l’inclusion des acteurs qu’il considère comme des agresseurs de la République Démocratique du Congo au dialogue national, estimant que les questions liées au conflit avec le Rwanda et l’AFC/M23 disposent déjà de cadres de discussion distincts.
Dans une déclaration relayée jeudi, l’élu de l’Ituri estime que le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC doit, selon lui, dépasser les clivages politiques. Il considère que le dialogue national devrait réunir les forces vives congolaises autour des questions de cohésion nationale et de refondation de l’État.
« S’asseoir à la même table que les bourreaux de la Nation constitue une ligne rouge infranchissable », a déclaré Paul Babangu, appelant à distinguer le dialogue inter-congolais des négociations portant sur le conflit dans l’Est du pays.
Cette position rejoint la distinction établie par les autorités congolaises entre les différents processus de paix. Le président Félix-Antoine Tshisekedi a maintenu que le dialogue national devait rester distinct du processus de Doha consacré aux discussions avec l’AFC/M23, tandis que les relations entre Kinshasa et Kigali sont traitées dans le cadre de Washington.
Dans son argumentaire, Paul Babangu présente une architecture articulée autour de quatre niveaux. Le premier, diplomatique, concerne Washington, consacré aux relations entre la RDC et le Rwanda. Le deuxième, sécuritaire régional, renvoie au processus de Doha, qui traite notamment des questions liées à l’AFC/M23. Le troisième, consacré à la pacification interne, s’inscrit dans le processus de Naïrobi, destiné aux groupes armés Congolais opérant à l’intérieur du pays.
Le quatrième niveau concerne le dialogue inter-congolais, que le député présente comme le cadre destiné aux forces vives de la Nation pour examiner les causes profondes des crises internes et rechercher des mécanismes de cohésion nationale.
Cette séparation des cadres correspond, sur le principe, à la ligne annoncée par le chef de l’État, qui a présenté le dialogue national comme un processus consacré à la paix, à la cohésion et à la refondation de l’État, distinct des négociations militaires et diplomatiques en cours.
Le député national estime ainsi que chaque acteur doit être associé au mécanisme correspondant à la nature de son implication dans la crise. Il affirme que cette approche permettrait d’éviter la confusion entre les négociations internationales, les discussions sécuritaires et le processus de cohésion nationale.
Le débat sur la composition du dialogue reste toutefois ouvert. Une partie de l’opposition congolaise a plaidé pour un processus plus inclusif, tandis que le pouvoir maintient que les questions concernant l’AFC/M23 doivent être traitées dans le cadre de Doha.
Pour Paul Babangu, le dialogue national doit avant tout constituer un espace permettant aux Congolais de réfléchir aux causes internes de l’instabilité et de définir les bases d’une paix durable, sans se substituer aux mécanismes diplomatiques et sécuritaires déjà engagés.
Joël Heri Budjo