Lambert Mende récuse l’idée selon laquelle Joseph Kabila aurait « donné » le pouvoir à Félix Tshisekedi. Face à Franck Diongo, il a également invoqué le précédent de Pétain pour contester toute protection politique liée au statut d’ancien président. Une charge particulière, venant de celui qui fut longtemps la voix du pouvoir kabiliste.
Lambert Mende connaît les arguments du camp Kabila pour les avoir longtemps défendus. Mais jeudi 15 octobre, lors d’un Space animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, c’est depuis les rangs de l’Union sacrée qu’il a répondu à Franck Diongo. Au cœur de leur échange, la place de Joseph Kabila dans la vie politique congolaise et les responsabilités que son ancien statut ne saurait, selon Mende, effacer.
« Il faut arrêter de dire que Kabila a donné le pouvoir à Tshisekedi. Le pouvoir n’est pas un bien privé en possession de Kabila. La RDC n’est pas un patrimoine de Joseph Kabila. Comment un individu peut-il donner ce qui appartient au peuple ? », a lancé l’ancien ministre.
La formule vise un récit politique, celui d’un Félix Tshisekedi qui devrait son accession à la présidence à la seule volonté de son prédécesseur. Mende lui oppose le principe de souveraineté populaire. Dans son raisonnement, le pouvoir ne se transmet pas comme une propriété personnelle et ne crée aucune dette politique envers celui qui l’a exercé.
Pétain convoqué dans le débat
L’échange a pris un tour plus offensif lorsque Franck Diongo a défendu le statut d’ancien chef de l’État de Joseph Kabila. Pour lui répondre, Lambert Mende a convoqué le cas du maréchal Philippe Pétain, le dirigeant du régime de Vichy, engagé dans la collaboration avec l’Allemagne nazie, avait été condamné à mort à la Libération, avant que de Gaulle ne commue sa peine en détention à perpétuité.
Par cette référence, Mende entend soutenir qu’un passé à la tête de l’État ne soustrait pas son titulaire à la justice. « S’il pose des actes répréhensibles, il doit en répondre devant la justice », a-t-il martelé, jugeant « dangereux dans un État de droit » de conférer à un ancien président un « statut de Deus ex machina ».
Le parallèle est politiquement lourd. Joseph Kabila a été condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 par la Haute Cour militaire congolaise, notamment pour trahison et crimes de guerre, sur fond d’accusations de soutien à la rébellion.
L’ancien défenseur de la présidence Kabila
Cette sortie prend un relief particulier au regard du parcours de son auteur. Ministre de la Communication et porte-parole de plusieurs gouvernements sous Joseph Kabila, Lambert Mende fut, pendant plus d’une décennie, l’un des principaux défenseurs publics du pouvoir. Face aux critiques, il en expliquait les décisions et portait la riposte politique.
Son ralliement à Félix Tshisekedi s’est concrétisé en janvier 2021, lorsqu’il a annoncé son adhésion à l’Union sacrée, quittant ainsi le Front commun pour le Congo de son ancien président.
Rédaction