Décharges contrôlées, recyclage du plastique, contribution des industriels… le député Berocan Keraure Nono interpelle la ministre de l’Environnement sur les moyens de sortir les villes congolaises de l’accumulation des ordures. Au cœur de sa démarche, qui doit organiser et financer leur traitement ?
Qui doit payer pour les déchets qui s’accumulent dans les villes congolaises ? Derrière la question de l’assainissement, c’est celle du partage des responsabilités entre pouvoirs publics et entreprises que soulève Berocan Keraure Nono. Le 21 octobre 2026, le député national a adressé une question orale avec débat à la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du Climat.
L’élu de Mahagi, en Ituri, veut obtenir des explications sur les obstacles qui freinent la création de décharges réglementées et l’organisation d’une filière nationale de collecte et de recyclage. Sa démarche, transmise au président de l’Assemblée nationale, porte autant sur les infrastructures manquantes que sur les obligations des acteurs économiques.
Le constat dressé par le parlementaire est sévère. De Kinshasa à Lubumbashi, en passant par Kananga, Matadi, Kisangani, Mbandaka et Kalemie, il déplore l’absence de décharges publiques contrôlées et de centres d’enfouissement technique. Selon lui, les ordures finissent trop souvent dans des espaces non aménagés, au bord des routes ou dans les cours d’eau, quand elles ne sont pas brûlées à l’air libre.
Berocan Keraure Nono alerte sur les risques de pollution des sols, de l’air et des ressources en eau. Il pointe également l’accumulation des plastiques dans les caniveaux, susceptible d’aggraver les inondations et les difficultés d’assainissement. Autant de problèmes auxquels il demande au ministère d’apporter des réponses précises.
Sa question orale s’articule autour de six axes. Le premier consiste à identifier les blocages : sont-ils juridiques, techniques, administratifs, opérationnels ou financiers ? Berocan Keraure Nono souhaite connaître les solutions envisagées à court, moyen et long terme, ainsi que les plans d’urgence destinés à créer, moderniser et sécuriser les installations de traitement.
L’autre chantier concerne l’organisation d’une filière nationale du plastique. Collecter, trier, recycler. Le parlementaire demande quelles mesures concrètes permettraient de structurer ces activités et de réduire l’accumulation des déchets dans l’espace public.
Mais son interpellation ne vise pas uniquement l’action de l’État. Elle met aussi en cause la responsabilité des entreprises qui commercialisent des produits emballés. Producteurs d’eaux minérales, fabricants de boissons gazeuses et supermarchés sont expressément cités. L’élu estime qu’ils n’assument pas suffisamment la gestion des déchets issus des emballages mis sur le marché et réclame des précisions sur les mécanismes de contrôle et de verbalisation envisagés.
La question du financement est centrale. Le gouvernement entend-il faire contribuer les industriels et les importateurs d’emballages plastiques à leur collecte et à leur recyclage, en application du principe du pollueur-payeur ? Si cette voie n’est pas retenue, quelles autres solutions le ministère propose-t-il ? Le député place ainsi la répartition du coût du traitement au cœur du débat.
Il interroge enfin l’exécutif sur les incitations à l’importation d’équipements de tri automatique et de technologies permettant de transformer les déchets plastiques en matériaux de construction ou en énergie. L’ambition est aussi économique : faire du traitement des ordures une activité capable de produire de la valeur et des emplois.
Joël Heri Budjo