Le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) a annoncé, ce mardi 31 mars, la fin de son appui au centre de santé de Rubingo, situé dans la chefferie des Bahema Boga, territoire d’Irumu, en province de l’Ituri. Une décision qui intervient après quatre (04) années d’intervention humanitaire et qui traduit, selon l’organisation, une amélioration notable des capacités de prise en charge au sein de cette structure sanitaire.
L’annonce a été faite par le chef de la sous-délégation du CICR à Bunia, Brou Célestin Pegian, au cours d’un point de presse tenu dans les locaux de l’institution.
« Après quatre ans d’accompagnement, nous constatons que le centre de santé de Rubingo est désormais en mesure d’assurer des soins de qualité de manière autonome. Le CICR va concentrer son assistance sur d’autres zones affectées par les conflits et les violences armées », a-t-il déclaré.
Une intervention née d’un contexte de crise
L’appui du CICR au centre de santé de Rubingo remonte à mars 2022, dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans la région de Boga. Les affrontements armés avaient fortement perturbé le fonctionnement des structures sanitaires, limitant l’accès aux soins pour les populations locales et les personnes déplacées.
Face à cette situation, l’organisation humanitaire avait déployé un soutien multidimensionnel, incluant la fourniture de médicaments et d’intrants médicaux, le renforcement des capacités du personnel soignant, ainsi qu’un appui financier destiné à maintenir la continuité des services.
Cet accompagnement a permis la gratuité des soins pour plusieurs catégories de patients, notamment les enfants de moins de 15 ans, les femmes enceintes, les blessés par arme, les survivantes de violences sexuelles ainsi que d’autres personnes vulnérables. Le CICR assurait également le référencement des cas nécessitant des soins spécialisés vers l’Hôpital Général de Référence de Boga.
Des résultats significatifs sur le terrain
Au terme de ces quatre années d’intervention, le bilan dressé par le CICR fait état de résultats jugés encourageants. Au total, 57 885 patients ont bénéficié gratuitement des soins de santé primaires, tandis que 1 657 patients ont été référés vers des structures de soins secondaires.
Par ailleurs, 2 148 accouchements ont été pris en charge gratuitement. L’organisation a également renforcé la prise en charge en santé mentale, avec 11 700 personnes ayant bénéficié de services psychosociaux et plus de 11 000 personnes sensibilisées à ces questions.
Des efforts ont aussi été consentis en matière d’infrastructures, avec la construction de latrines, d’une zone de gestion des déchets et d’un mur de clôture. Un véhicule ambulance a été mis à disposition de l’Hôpital Général de Référence de Boga pour faciliter le transfert des patients.
Vers une autonomie progressive du centre
Sur place, les responsables du centre de santé saluent une évolution positive de la situation sécuritaire et sanitaire. Sœur Modestine Ndjaleve Disi, infirmière titulaire, affirme que la structure est aujourd’hui en mesure de fonctionner de manière autonome.
« L’accès aux médicaments s’est amélioré et une grande partie des déplacés est retournée dans ses villages. Nous sommes désormais capables d’assurer la prise en charge des patients sans assistance extérieure », a-t-elle indiqué.
Un désengagement sans retrait de la région
Le CICR précise que la fin de cet appui ne signifie pas un retrait de la zone de Boga. L’organisation poursuit ses activités humanitaires dans la région, notamment à travers l’appui au centre de santé de Tchabi et le système de référencement vers l’hôpital de Boga.
Dans le territoire de Djugu, le CICR continue également de soutenir les centres de santé de Kilo Mission et Kilo État, dans un contexte où les besoins humanitaires restent importants.
Une réorientation vers les zones les plus vulnérables
Ce désengagement s’inscrit dans une logique de réallocation stratégique des ressources vers les zones où les conflits armés continuent d’affecter gravement l’accès aux soins de santé.
Organisation humanitaire neutre, impartiale et indépendante, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) intervient dans les zones de conflit pour protéger les populations civiles et améliorer leurs conditions de vie, conformément à son mandat issu des Conventions de Genève de 1949.
Joël Heri Budjo