Plus de deux mois après la déclaration de la 17ᵉ épidémie de la maladie à virus Ebola en République Démocratique du Congo, la riposte affiche des signes d’évolution encourageants, mais l’Ituri demeure au centre des préoccupations. Entre une courbe des nouveaux cas qui semble se stabiliser, des capacités médicales renforcées et des défis communautaires persistants, la question reste posée : combien de temps faudra-t-il encore pour inverser durablement la tendance dans cette province considérée comme l’épicentre de l’épidémie ?
Lors d’une conférence de presse à Bunia, le chargé des opérations de la riposte, Dr Adélard Lufongola, a annoncé une évolution positive de la dynamique de transmission. Selon lui, la courbe des notifications est entrée dans une phase de plateau, avec une légère tendance à la baisse.
« La tendance des notifications en termes de nombre de cas est entrée déjà un peu à plateau, c’est-à-dire que ça n’augmente plus. Et il y a derrière une tendance de légère diminution », a déclaré le responsable des opérations.
Cette annonce constitue un signal d’espoir pour les équipes engagées sur le terrain. Toutefois, le Dr Lufongola appelle à la prudence, estimant qu’il est encore trop tôt pour confirmer que l’épidémie a atteint son pic. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si cette stabilisation marque un véritable tournant ou une simple fluctuation dans l’évolution de la maladie.
Une riposte qui a changé d’échelle
Depuis le début de l’épidémie, le dispositif de réponse sanitaire a connu une transformation importante. Au départ, l’Ituri ne disposait pas de capacités suffisantes pour confirmer localement les cas d’Ebola. Les échantillons devaient être acheminés jusqu’à Kinshasa, ce qui pouvait ralentir la réaction des équipes.
Aujourd’hui, la situation a considérablement évolué. La province et le pays disposent désormais de plusieurs capacités diagnostiques réparties sur le terrain.
« Au début de l’épidémie, la province de l’Ituri n’avait pas la capacité de poser le diagnostic par rapport à la maladie. Les échantillons devaient aller jusqu’à Kinshasa. Mais aujourd’hui, nous avons plus de 19 laboratoires qui sont en mesure de poser le diagnostic par rapport à cette épidémie », a expliqué le Dr Lufongola.
Cette avancée représente un changement majeur dans la stratégie de lutte contre Ebola. Le rapprochement du diagnostic permet une confirmation plus rapide des cas suspects et facilite l’intervention précoce des équipes de riposte.
Des centres de traitement multipliés face à la pression des cas
Dans le domaine de la prise en charge, les progrès sont également visibles. Alors qu’aucun centre de traitement n’était disponible au lancement de l’épidémie, la RDC compte désormais plus de 23 centres de traitement, avec une capacité qui avoisine 800 lits.
« Au début de l’épidémie, on n’avait aucun centre de traitement et maintenant, on a plus de 23 centres de traitement avec une capacité qui avoisine 800 lits. Dans les jours à venir, on pourra atteindre même 1.000 lits montés », a indiqué le chargé des opérations.
Cette montée en puissance vise à répondre à l’augmentation des besoins, notamment dans les zones où les capacités d’isolement ont parfois été dépassées.
Mais cette expansion des structures sanitaires ne suffit pas à elle seule. La réussite de la riposte dépend également de la rapidité d’identification des cas, du suivi des contacts et surtout de l’adhésion des communautés.
L’Ituri, le principal verrou de la riposte
Malgré les avancées enregistrées, l’Ituri reste le plus grand défi. Selon les données présentées par le responsable des opérations, la province représente plus de 80 % du poids de la morbidité et de la mortalité liées à cette épidémie.
Cette situation s’explique notamment par l’importance des chaînes de transmission dans plusieurs zones de santé, mais aussi par des facteurs extérieurs au domaine médical : l’insécurité, la mobilité des populations et la méfiance envers les équipes sanitaires.
Les zones de santé de Bunia, Rwampara, Mungwalu, Nizi, Nyakunde et Lita figurent parmi les secteurs les plus affectés en Ituri.
Le défi de la confiance communautaire
Au-delà des moyens techniques, la bataille contre Ebola reste aussi une bataille de confiance. Le Dr Lufongola cite la résistance communautaire parmi les principaux obstacles qui ralentissent encore la riposte.
Dans plusieurs contextes d’épidémie, l’efficacité des centres de traitement et des laboratoires dépend fortement de la volonté des populations à collaborer : signalement rapide des cas suspects, acceptation de la prise en charge et respect des mesures de prévention.
Ainsi, la stabilisation actuelle de la courbe devra être accompagnée d’un renforcement du dialogue avec les communautés afin d’éviter une nouvelle progression de la maladie.
Vers une sortie progressive de l’épicentre ?
L’Ituri reste aujourd’hui le cœur de l’épidémie, mais les indicateurs actuels montrent que la riposte a gagné en capacité et en organisation. La question n’est plus seulement de contrôler l’expansion du virus, mais de parvenir à interrompre durablement sa transmission.
Le passage d’un système sans laboratoire local et sans centre de traitement à un dispositif comprenant 19 laboratoires, plus de 23 centres de traitement et près de 800 lits témoigne d’une évolution rapide.
Cependant, tant que l’Ituri concentrera l’essentiel des cas et des décès, la victoire contre Ebola restera incomplète. Les prochaines semaines permettront de mesurer si le plateau observé marque réellement le début du recul de l’épidémie ou simplement une étape dans une crise encore en cours.
Joël Heri Budjo