À Eringeti, dans le territoire de Beni, les échanges entre les représentants de la population locale et le chef de la MONUSCO, James Swan, ont décrit une réalité préoccupante. Malgré une relative accalmie sécuritaire, les populations, en particulier les femmes et les déplacés, continuent de faire face à une crise humanitaire aiguë.
Prenant la parole au nom des associations féminines, Fabiola Kahindo Rehema a dénoncé la vulnérabilité persistante des femmes dans une zone encore marquée par la présence d’hommes armés.
« Ce sont les femmes qui sont les premières cibles des porteurs d’armes illégales. Elles sont violées, exposées à des grossesses non désirées et éprouvent d’énormes difficultés à accéder aux biens de première nécessité », a-t-elle déclaré, appelant à un appui accru en faveur de leur protection et de leur autonomisation.
Elle a toutefois reconnu une amélioration relative de la situation sécuritaire au cours de l’année écoulée.
« Les menaces ont sensiblement diminué grâce aux efforts des forces de sécurité et de la MONUSCO. Les populations peuvent désormais circuler et rentrer chez elles en relative sécurité, ce que nous apprécions », a-t-elle ajouté.
Mais cette accalmie ne suffit pas à atténuer la détresse humanitaire. Le président de la société civile d’Eringeti, Rachid Maliro, a dressé un tableau alarmant de la situation des déplacés ayant fui les violences en Ituri.
« Cela fait deux ans que ces populations vivent ici sans nourriture suffisante ni vêtements. Nos autorités locales sont dépassées et ne savent plus comment leur venir en aide », a-t-il expliqué.
Selon lui, plusieurs dizaines de familles survivent dans des conditions précaires, dépendant de travaux agricoles occasionnels chez les autochtones pour espérer se nourrir.
« Nous avons des sites où des familles entières manquent de tout. Elles doivent travailler dans les champs pour obtenir de quoi manger. Nous demandons en urgence l’intervention des ONG pour une assistance alimentaire et non alimentaire », a-t-il plaidé.
Face à ces préoccupations, le chef de la MONUSCO, James Swan, a salué la franchise des échanges tout en réaffirmant le mandat prioritaire de la mission Onusienne.
« Tous les contingents de la MONUSCO sont déployés avant tout pour la sécurité et la protection des civils. C’est notre mission principale », a-t-il insisté.
Reconnaissant des tensions passées entre la Mission et la population locale, il a évoqué une amélioration progressive des relations.
« Il y a eu des moments difficiles entre la MONUSCO et la communauté, mais ce n’est pas le type de relation que nous souhaitons. Nous travaillons à renforcer la compréhension mutuelle », a-t-il assuré.
James Swan a également exprimé l’espoir que l’amélioration sécuritaire contribue à relancer les activités économiques locales, notamment le commerce des produits agricoles, tout en promettant un engagement accru des agences humanitaires des Nations-Unies lors de prochaines visites.
Cette tournée dans l’Est de la République Démocratique du Congo, la première depuis sa prise de fonctions, conduira le chef de la MONUSCO à Bunia après son étape de Beni, avec en toile de fond une attente forte des populations : transformer les avancées sécuritaires en véritables améliorations des conditions de vie.
Diddy Mastaki