Une enquête menée par le Cadre de Concertation sur les Ressources Naturelles (CdC/RN) révèle que les communautés vivant sur la rive Congolaise du lac Albert et de la rivière Semliki s’opposent massivement aux projets pétroliers transfrontaliers menés par l’Ouganda. Parmi les 1 141 personnes interrogées, 60% expriment des inquiétudes sérieuses concernant la pollution, la destruction des écosystèmes et l’effondrement de leurs moyens de subsistance.
Ces projets, notamment Tilenga, Kingfisher et l’oléoduc EACOP, se déploient à proximité immédiate de la frontière congolaise, sans consultation transfrontalière ni évaluation environnementale conjointe. Selon le CdC/RN, cette situation expose la RDC à des risques environnementaux, sanitaires et économiques majeurs, en contradiction avec ses engagements climatiques.
« Plus de 50 000 pêcheurs dépendent directement des ressources halieutiques du lac Albert. Ces eaux, interconnectées avec le bassin du Nil et le lac Edouard, forment une ceinture écologique vitale autour du Parc National des Virunga. La rivière Semliki est également une source majeure du Nil blanc, essentielle pour éviter la désertification dans plusieurs pays de la région », alerte Dieudonné Kasonia, Secrétaire permanent du CdC/RN.
Les habitants dénoncent également la passivité du gouvernement Congolais face à ces activités. L’absence de concertation transfrontalière et de garanties environnementales constitue, selon le CdC/RN, une violation du droit international, notamment du principe de prévention, de la Convention d’Espoo et de la Charte de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC).
Face à cette situation, une action en justice a été introduite devant la Cour de Justice de l’Afrique de l’Est (EACJ) par des membres des communautés locales affectées. Le CdC/RN appelle par ailleurs le gouvernement à accompagner cette démarche par une action diplomatique et étatique d’envergure, afin de protéger les populations et l’intégrité des écosystèmes.
Le CdC/RN et la coalition Notre Terre Sans Pétrole recommandent plusieurs mesures urgentes : la réalisation d’un état des lieux environnemental et halieutique, l’exigence d’une évaluation environnementale stratégique transfrontalière avec l’Ouganda, l’inclusion effective des communautés locales dans les décisions, la création d’un comité de concertation permanent RDC–Ouganda, et la mise en place d’un fonds d’indemnisation pour les populations affectées.
Ces mesures devraient également être portées dans les instances bilatérales et régionales telles que l’EAC, le CIRGL et l’Union Africaine, afin d’assurer la protection durable des ressources naturelles et des droits des communautés locales.
Le CdC/RN rappelle que sa mission est de défendre les intérêts des communautés locales, notamment les pêcheurs, femmes et jeunes, et reste disponible pour collaborer avec les autorités dans la recherche de solutions durables et responsables.
Signalons que, le Cadre de Concertation sur les Ressources Naturelles est une plateforme regroupant des organisations de la société civile, des représentants des communautés locales, des pêcheurs, des femmes et des jeunes en Ituri. La coalition Notre Terre Sans Pétrole soutient la protection de l’environnement et s’oppose aux nouveaux projets pétroliers et gaziers dans la région.
Joël Heri Budjo